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Blackfish

Dauphins Libres : le retour !

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Après quelques années de sommeil dues à sa mise en page obsolète, le site Dauphins Libres, créé en 1997, revient sur la ligne de front des combats.
Entièrement rénové tant dans la forme que dans le contenu, Dauphins Libres et Dauphins Captifs est désormais consultable sur n’importe quel support (PC, smartphone, tablette) et via Twitter et Facebook.
C’est là que vous trouverez désormais l’actualité des cétacés captifs en ligne, mais aussi bien d’autres sujets relatifs aux animaux non-humains.
Free Dolphins Belgium continue de son côté à vous offrir un grand nombre d’articles d’archive rares et précieux.
Merci de votre fidélité.

Yvon Godefroid
Michaël Godefroid

 

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La solitude de Tilikum : 6 tonnes d’énergie en cage !

tilly-google-earth1A droite, en bas de l’image : Tilly seul

Par Helene O’Barry Hesselager
Earth Island Institute

David Kirby, journaliste de renom et auteur de «Death at SeaWorld”, a récemment eu une idée brillante. En se servant de l’application cartographique «Google Earth», il a zoomé sur le parc d’attractions SeaWorld d’Orlando en Floride. Une  image satellite de Shamu Stadium est apparue sur son écran. C’est là que plusieurs orques sont incarcérées et utilisées pour des spectacles.
L’une de ces orques est appelée Tilikum.

Lire la suite sur Dauphins Libres


Plongée dans la conscience d’une orque

killerwhale-orca-seaworld-tilikum-animalrights-captivity-dawnbrancheau-blackfish-deathatseaworldInside the mind of a killer whale
Une interview du Dr Lori Marino par Aviva Hope Rutkin (2013)


Il y a deux semaines, j’ai vu Blackfish, le documentaire fascinant sur les orques en captivité.  J’ai beaucoup apprécié le film mais un tas de questions me trottaient en tête. Des questions de neurosciences. Qu’est-ce qui différencie les orques des autres animaux, par exemple ? Comment les cétacés perçoivent-ils les humains ? Que voulaient dire les réalisateurs du film quand ils parlaient de l’intensité des émotions de ces mammifères marins ? A quel niveau d’intelligence ces animaux se situent-ils vraiment ? Et donc, j’ai appelé le Dr Lori Marino, spécialiste en neurosciences qui apparaît dans Blackfish et je lui a demandé de satisfaire ma curiosité.

Q- Vous êtes professeur en «neurosciences des cétacés» à l’Université d’Emory et vous travaillez dans ce domaine depuis plus de 20 ans. Qu’est-ce qui vous a attiré dans cette discipline ?

R- Pendant mes études supérieures, tout le monde avait choisi les primates. Je voulais étudier un autre animal – un groupe d’espèces comparables en intelligence mais à propos desquelles nous ne savions presque rien. Je me suis donc tourné vers les  dauphins et les baleines. Quand j’ai vu pour la première fois la photo d’un cerveau de dauphin dans un livre, je suis devenue accro. J’ai pensé: «Wow. Ca, c’est vraiment quelque chose !». Nous savions si peu de choses sur le cerveau d’un dauphin ou une baleine, il y a 25 ans. J’ai donc pris cela comme une opportunité.

Q – Il semble que ce soit plus difficile d’étudier un cerveau de baleine que, par exemple, un cerveau de rat ou de singe. L’étude d’un aussi grand animal pose-t-elle des défis particuliers ?

R- Oui, c’est plus difficile, parce que le cerveau lui-même est tellement différent de celui de tout autre mammifère. Cela fait partie des choses qui m’ont attiré vers ce champ de recherches : l’énorme taille de cet encéphale ! Mais aussi le fait qu’il était construit de manière différente des autres cerveaux mammaliens.

L’autre difficulté liée à l’énorme taille de ce cerveau est que vous ne pouvez pas utiliser facilement les mêmes techniques que pour des cerveaux plus petits. Cet encéphale est beaucoup plus grand que le plus grand cerveau de primate non-humain. Et le cerveau d’un dauphin est même plus grand que celui d’un humain. C’est très difficile à étudier.

Mais dès lors que nous avons pu utiliser des techniques telles que l’imagerie par résonance magnétique, les choses ont vraiment décollé. Nous pouvions prendre le cerveau, le mettre dans un scanner, obtenir des images numériques en 3D et faire ce que nous aurions normalement pu faire avec n’importe quel autre cerveau en le disséquant. L’imagerie magnétique nous a vraiment ouvert un vaste champ des recherches.

orca-brainLe cerveau d’une orque et la zone paralimbique

Q – Quels sont les caractéristiques qui font que le cerveau des épaulards est si différent de celui des humains ? Dans Blackfish, vous et les autres scientifiques, vous déclarez qu’une zone particulière de leur cerveau s’est agrandie.

R- En fait, si vous regardez le système limbique – la zone de traitement de l’émotion dans tous les cerveaux de mammifères – vous découvrez quelque chose de vraiment intéressant. Certaines parties du système limbique se sont modifiées chez les dauphins et les baleines et se sont réduites. Mais d’autres zones adjacentes sont au contraire devenues beaucoup plus grandes et plus élaborées que dans le cerveau humain. Cette aire du cerveau est appelée la “région paralimbique”.

Les cétacés disposent donc d’une sorte de lobe supplémentaire à côté de leur système limbique et de leur néocortex. Et bien sûr, vous pouvez tirer des déductions de ce fait. Ce lobe paralimbique a quelque chose à voir avec le traitement des émotions mais il est également lié au traitement de la pensée.

Il est très fortement développé chez la plupart des cétacés, mais beaucoup moins chez les humains et pas du tout chez d’autres mammifères. Cela suggère qu’il y a quelque chose qui a évolué ou qui s’est adapté dans ce cerveau au fil du temps, alors que cela ne s’est pas produit pour les autres mammifères, y compris les humains.

Q- Dans le film, on  dit qu’un tel développement pourrait indiquer l’existence d’une gamme d’émotions surpassant celles de l’homme.

R- Oui. Je pense qu’il est difficile de dire qu’il surpasse…. Si vous regardez, par exemple, le cerveau d’un orque et celui d’un être humain, il serait difficile d’affirmer que le cerveau humain est capable de la profondeur émotionnelle du cerveau de l’orque, parce que – encore une fois – ce que vous voyez dans le cerveau de l’orque est une élaboration sur la zone limbique que le cerveau humain ne possède pas.

Donc, si cette partie du cerveau d’orque fait ce qu’elle est sensée faire, comme elle le fait chez tous les mammifères – à savoir, traiter les émotions – cela suggère que ces animaux traitent leurs émotions de façon très sophistiquée. Je pense aussi que lorsque vous regardez le comportement des dauphins et des baleines, en particulier dans la nature, vous observez un niveau de cohésion sociale absolument sans équivalent chez d’autres mammifères, y compris les humains.

orca-pod-johnstone-strait-canada-flip-nicklinPod au Canada

Q- Justement, je voulais vous poser la question. On dit aussi dans Blackfish que les orques pourraient avoir un sens du Soi « partagé ».

C’est une idée très intéressante qui tourne en effet depuis un moment, mais cela risque d’être très difficile à tester.
Quand vous regardez la façon dont ils communiquent les uns avec les autres, la manière dont ils se déplacent les uns par rapport aux autres et comment s’organise leur vie sociale, vous comprenez que le fait d’être une orque ou un dauphin – ou n’importe quel autre de ces cétacés très sociaux – pourrait en fait être quelque chose d’un peu différent que d’être juste un individu. Il suffit de voir comment ils communiquent entre eux quand ils voyagent et comment ils réagissent quand l’un des leurs est détenu, blessé ou attaqué.

C’est vraiment intéressant. On a beaucoup discuté à propos des raisons pour lesquelles ils s’échouent parfois en masse ou sur le fait qu’ils pouvaient êter capturés tous ensemble en même temps. À Taiji, au Japon, quand les pêcheurs les  massacrent, pourquoi certains dauphins ne s’échappent-ils pas du filet ? Il leur suffirait de sauter !

Lors d’un échouage de masse, un groupe de cétacés sort de l’eau, se jette sur la plage, et finit généralement par mourir.
Un échouage peut impliquer des centaines d’animaux à la fois, tous vivants, souvent en bonne santé mais manifestement en détresse. Les scientifiques ne s’accordent pas sur les causes de ces échouages.

Ce phénomène peut être lié au sens du soi chez les cétacés, où l’individu est intimement relié à son groupe social. S’en déconnecter n’est pas envisageable dans le cadre de leur psychologie, comme des humains pourraient le faire en pareille circonstance. Bon, il ne s’agit à ce stade que d’une hypothèse mais qui répond bien à certains comportements difficilement explicables.

Quand un animal est malade et se dirige vers la rive, pourquoi l’ensemble du groupe le suit-il ? Prenons aussi le cas de certaines orques mâles. Si leur mère meurt, ils meurent aussi. Ils arrêtent de manger et s’enfoncent dans une sorte de dépression clinique dont ils finissent par mourir. Pas tous, mais certains d’entre eux. Nous avons observé cela. Qu’est-ce que cela signifie ? De quel type de cohésion sociale disposent-ils donc ?

taiji-oceanwatch-mother-child-2-9-2013Taiji : mère et enfant

Q-Y a-t-il d’autres mammifères susceptibles de vivre dans ce type d’environnement social?

R- Les ongulés sont des animaux à sabots. Par exemple, les chevaux, les cerfs, les chameaux, les rhinocéros, les porcs, les hippopotames et les girafes sont tous des ongulés. Vous savez, c’est très intéressant, parce que vous devez vous souvenir d’où les cétacés sont venus. Ce sont des ongulés, eux aussi ou plutôt, il le furent dans un lointain passé. Leurs parents les plus proches sont des animaux à sabots qui vivent en troupeaux. Donc, quand vous regardez les cétacés, vous voyez que le  troupeau est toujours là. Mais ils semblent l’avoir élevé à un autre niveau.

Si vous regardez les animaux terrestres qui vivent en troupeau … Il n’est pas évident que le sentiment de soi «diffus» existe chez eux comme chez les dauphins ou les baleines. Les cétacés se soutiennent mutuellement. Ils ne s’échappent pas même quand ils peuvent le faire. Et leur comportement est lié plus étroitement au groupe que chez les autres ongulés ou d’autres animaux vivant en troupeau. D’une certaine manière, nous pensons que leur comportement grégaire s’est  intensifié, mais comment et pourquoi cela s’est passé, nous ne le comprenons pas exactement. C’est un peu comme s’il s’agissait de “super-troupeaux” !

Wild_HorsesUn troupeau

Q- Peut-être n’est-ce pas la bonne façon de formuler cette question, mais je  la pose  : jusqu’à quel point les orques sont-elles intelligentes ?

L’encéphalisation est une technique utilisée pour décrire le cerveau. Les scientifiques attribuent aux animaux un quotient d’encéphalisation en mesurant la taille de leur cerveau, puis en la comparant avec celle de leur corps. Un haut quotient encéphalique signifie que le cerveau d’un animal est proportionnellement plus grand que la taille de son corps ne le laisserait prévoir. Les êtres humains possèdent le quotient d’encéphalisation le plus élevé de toutes les espèces. Certains scientifiques estiment que le critère d’encéphalisation peut être utilisée pour mesurer l’intelligence d’un animal.

C’est une question difficile mais importante et fondée. Vous savez, pendant très longtemps, j’ai essayé de comprendre l’intelligence des orques en comparant leur niveau d’ encéphalisation par rapport à celui d’autres animaux, en particulier les humains et les grands singes. Si vous utilisez cela comme une échelle d’inférence – ou si vous ne tenez compte que des données physiques – les humains se placent toujours au niveau le plus élevé. Juste derrière lui arrivent plusieurs espèces de cétacés, puis les grands singes, les éléphants, et un certain nombre d’autres espèces.

Donc, si vous envisagez la question de l’intelligence en tenant compte de ce quotient encéphalique, ou en étudiant la façon dont le cerveau est élaboré, les cétacés semblent remporter un beau score.

Mais si vous observez leur comportement, cela devient une évidence. Lors d’études antérieures, on a pu faire la preuve de leurs capacités à comprendre le langage symbolique, à posséder une mémoire ou à résoudre des problèmes. Diana Reiss et moi-même avons démontré que les grands dauphins se reconnaissent dans un miroir. Ils possèdent toutes ces capacités, qui sont assez rares dans le règne animal.

Mieux encore, quand vous travaillez sur terrain, vous constatez que les cétacés disposent de cultures, qu’ils font usage d’outils et que leurs réseaux sociaux sont extrêmement sophistiqués. Toutes ces données tendent à prouver qu’il s’agit là d’un animal très intelligent.

dolphin-mirrorLe test du miroir

Q- Excusez-moi : vous parlez bien d’outils ?

Mais oui ! Les cétacés se servent d’outils. Il y a toutes sortes de choses qu’ils font.
Les dauphins, par exemple. Il existe une population au large de la côte australienne qui se sert d’outils. Je ne dirais pas qu’il s’agit de fabrication, juste d’une utilisation, puisqu’il s’agit d’éponges.

Ils vont les chercher sur le fond et les placent sur ??leur rostre. De cette façon, ils peuvent fouiller le sable pour trouver des poissons, sans que leur rostre ne soit griffé. Nous savons que cette technique est transmise culturellement, puisque nous connaissons les individus qui l’ont découverte et ceux auxquels ils l’ont enseigné. La coutume passe de mère à filles, à la fois latéralement et verticalement. Donc, nous avons aujourd’hui un groupe de dauphins porteurs d’éponges, qui se caractérise par cette tradition.

Les baleines à bosse utilisent également des « filets de bulles » pour attraper leur proie. Ce n’est pas génétique. Ce n’est pas quelque chose d’inhérent ou d’acquis et ce n’est pas quelque chose que tous les individus d’un groupe feront nécessairement. Cet usage semble avoir été transmis seulement à certaines personnes, en particulier des femmes. Les femelles adultes ont tendance à être celles qui  innovent. Il en va de même chez primates.

Et nous savons maintenant – ce qui est vraiment intéressant – que les dauphins porteurs d’éponges ont tendance à fréquenter davantage d’autres dauphins à éponges ! C’est ce qu’on appelle l’Eponge Club. Nous voyons là en quelque sorte le début d’une ségrégation sociale fondée sur un comportement transmis et crée par un individu femelle.

Dauphin-eponge_Eric-PattersonL’usage d’outil chez le dauphin

Q- «Blackfish» nous montre également le lien étroit qui existe entre les dresseurs et les cétacés avec lesquels ils travaillent. Comment les orques que nous voyons  dans le film nous perçoivent-elles ?

R- Vous savez, c’est un sujet à propos duquel les dresseurs eux-mêmes ont beaucoup à dire. J’ai travaillé avec des dauphins captifs et votre question nous vient évidement à l’esprit dès qu’on est en face d’eux. Comment nous perçoivent-ils ? Des gens pensent qu’il existe une vraie relation intime entre les cétacés et leurs dresseurs. D’autres diront que c’est une relation contrainte. Je veux dire par là que vous êtes celui qui donne des récompenses ou celui qui punit. Il y a beaucoup d’injustice évidente dans cette relation… En fait, personne ne sait vraiment.

Je pense que les incidents tragiques décrits par Blackfish nous disent que ces relations ne peuvent pas être ce que vous pensez qu’elles sont. Dans le film, l’un des dresseurs déclare : «Vous savez, je veux croire que ça va plus loin que le simple fait de les nourrir ».  Je ne pense pas que quiconque sait vraiment. …

Quand vous songez à la psychologie du dresseur et de son captif, ce n’est pas une relation saine, clairement. D’un côté vous avez quelqu’un qui a un contrôle complet de la situation. De l’autre, quelqu’un qui n’en a aucun. Donc, oui, dans la mesure où un prisonnier peut avoir, comme on le sait, une relation étroite avec son ravisseur un capteur, cette relation existe sans doute mais je ne suis pas sûr quelle soit très saine.

tilikum-brancheauTilikum et Dawn Brancheau

Q- « Blackfish »souligne le fait que la détention des orques à Seaworld est inhumaine et psychologiquement dommageable pour ces animaux. Que pensez-vous qu’il faudrait faire des orques actuellement captives ?

Je pense que cela dépend de l’individu. Il y en a beaucoup parmi eux qui pourraient être de bons candidats à la réhabilitation et à la liberté. Il y en a d’autres qui ne le sont pas. Le gros problème pour le moment, c’est que n’avons pas de sanctuaires pour les dauphins et les baleines, comme nous en avons pour les éléphants, les chimpanzés et d’autres animaux.
Donc les cétacés captifs n’ont nulle part où aller, sauf dans l’océan, à moins que nous ne trouvions un moyen de les garder dans un lieu aussi proche que possible du milieu naturel. Bien entendu, sans qu’ils doivent faire des tours de cirque ou rester dans une petite piscine.

C’est quelque chose qu’il est vraiment important de développer: des sanctuaires pour les cétacés captifs, afin qu’ils puissent disposer de ce choix. Mais je pense que certains d’entre sont libérables au terme d’une réadaptation. Nous avons eu récemment 3 grands dauphins qui ont été réhabilités puis libérés d’un aquarium coréen. Ils sont maintenant de retour dans leur famille. Tout dépend de combien de temps ils sont restés en captivité, s’ils y sont nés, ce genre de choses. Quand vous enlevez un animal telle qu’une orque à sa mère et à sa famille, alors qu’il n’a que deux ans, vous faites des dégâts. La question est juste de savoir comment ce préjudice psychologique s’exprimera par la suite.

seoul-rehables 3 dauphins de Séoul ont chosi la liberté

Une interview du Dr Lori Marino par Aviva Hope Rutkin (2013).
Aviva est une journaliste scientifique qui travaille à Boston. Elle publie couramment des articles pour la MIT Technology Review. Follow her @realavivahr.

Si vous voulez en savoir plus, écoutez cet exposé de Lori Marino au sein de son université à propos de «Blackfish».

« Les orques ne sont pas plus intelligentes que mon chien».
Brad Andrews, Chief Zoological Officer SeaWorld

A propos de la pensée dauphin, lire aussi :

« Mais qu’en est-il finalement de ce moi central au cœur de ce monde circulaire sans relief , sans couleurs constitué de pixels sonores ? C’est là que les difficultés deviennent insurmontables tant qu’un « contact » n’aura pas été vraiment établi par le dialogue car le « soi » lui-même, le « centre de la personne » est sans doute construit de façon profondément différente chez l’homme et chez le dauphin.

H.Jerison parle carrément d’une « conscience collective ». Les mouvements de groupe parfaitement coordonnés et quasi-simultanés, à l’image des bancs de poissons ou des troupeaux de gnous, que l’on observe régulièrement chez eux, suppose à l’évidence une pensée « homogène » au groupe, brusquement transformé en une « personne plurielle ».

On peut imaginer ce sentiment lors d’un concert de rock ou d’une manifestation, lorsqu’une foule entière se tend vers un même but mais ces attitudes-là sont grossières, globales, peu nuancées.

Toute autre est la mise à l’unisson de deux, trois, cinq (les  » gangs  » de juvéniles mâles associés pour la vie) ou même de plusieurs centaines de dauphins ensemble (de formidables « lignes de front » pour la pêche, qui s’étendent sur des kilomètres) et là, bien sûr, nous avons un comportement qui traduit un contenu mental totalement inconnu de nous.

On sait que lorsqu’un dauphin voit, tout le monde l’entend. En d’autres termes chaque fois qu’un membre du groupe focalise son faisceau de clicks sur une cible quelconque, l’écho lui revient mais également à tous ceux qui l’entourent.

Imaginons que de la même manière, vous regardiez un beau paysage. La personne qui vous tournerait le dos et se tiendrait à l’arrière derrière vous pourrait le percevoir alors aussi bien que vous le faites. Cette vision commune, qui peut faire croire à de la télépathie, n’est pas sans conséquence sur le contenu mental de chaque dauphin du groupe, capable de fusionner son esprit à ceux des autres quand la nécessité s’en fait sentir. Ceci explique sans doute la formidable capacité d’empathie des dauphins mais aussi leur fidélité « jusqu’à la mort » quand il s’agit de suivre un compagnon qui s’échoue. Chez eux, on ne se sépare pas plus d’un ami en détresse qu’on ne se coupe le bras quand il est coincé dans une portière de métro !

En d’autres circonstances, bien sûr, le dauphin voyage seul et il « rassemble » alors sa conscience en un soi individualisé, qui porte un nom, fait des choix et s’intègre dans une lignée.

Il en serait de même pour l’homme si les mots pouvaient faire surgir directement les images qu’ils désignent dans notre cerveau, sans passer par le filtre d’une symbolisation intermédiaire. Si quelqu’un me raconte sa journée, je dois d’abord déchiffrer ses mots, les traduire en image et ensuite me les « représenter ». Notre système visuel étant indépendant de notre système auditif, un processus de transformation préalable est nécessaire à la prise de conscience du message. Au contraire, chez le dauphin, le système auditif est à la fois un moyen de communication et un moyen de cognition « constructiviste » (analyse sensorielle de l’environnement).  La symbolisation n’est donc pas nécessaire aux transferts d’images, ce qui n’empêche nullement qu’elle puisse exister au niveau des concepts abstraits. Quant à cette conscience fusion-fission, cet « ego fluctuant à géométrie variable », ils préparent tout naturellement le dauphin à s’ouvrir à d’autres consciences que la sienne.
D’où sans doute, son besoin de nous sonder, de nous comprendre et de nous « faire » comprendre. Un dauphin aime partager son cerveau avec d’autres, tandis que l’homme vit le plus souvent enfermé dans son crâne. Ces êtres-là ont décidemment beaucoup à nous apprendre…. »
Moi Dauphin

conscience-keiko-bassin

La nature des dauphins

Pourquoi défendre les dauphins ?

La science qui détruit

Les dauphins trop intelligents pour être captifs ?

Le dauphin est une personne

Défendre les dauphins !

Le langage des dauphins

L’intelligence des dauphins

Ethologie et intelligence des dauphins

Conscience dauphin


« BLACKFISH » EN BELGIQUE !

blackfish-posterTous les horaires et les détails pratiques
sur la page Facebook Blackfish Belgique

BLACKFISH EN BELGIQUE !

« Un thriller psychologique intense avec une orque en vedette, qui illustre comment la nature peut se venger lorsque l’homme la pousse dans ses derniers retranchements.  Blackfish, c’est l’histoire de Tilikum, un orque condamné à devenir une bête de spectacle. Durant ses 30 années de captivité,  Tilikum a tué et blessé plusieurs personnes.
Gabriela Cowperthwaite, la réalisatrice du film, a interviewé des témoins directs. Elle dresse un portrait hallucinant de la manière dont ces animaux particulièrement intelligents sont maintenus en détention par l’industrie des parcs de loisir, avec pour seul objectif l’appât du gain.
Cette histoire interpellante pose une question cruciale : ces animaux peuvent-ils être détenus de la sorte ? »

Enfin ! Distribué par Remain in light / Filmfreak Distributie, le documentaire américain Blackfish sort en Belgique à partir du 30 octobre 2013, ainsi qu’en Allemagne, aux Pays Bas et en Espagne. La France ne s’est malheureusement pas montrée intéressée, malgré la présence de 5 misérables orques captives sur son territoire.

Entre le 26 et le 30 octobre, Samantha Berg, l’ancienne dresseuse de Tilikum sera présente à Bruxelles. Samantha lutte maintenant contre la captivité et gère un remarquable site web avec d’autres anciens dresseurs, également interviewés dans ce documentaire.

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Un site web a été conçu pour fournir toutes les informations utiles et même AGIR contre la captivité, puisqu’une pétition y figure.
http://be.blackfish-film.be/


Shamu Show, le cirque romain !

Voici les dates des premières projections.
Samantha Berg nous arrivera de l’Alaska où elle exerce le métier d’acupunctrice et se rendra en Italie, en Espagne (Loro Parque), en Allemagne, aux Pays-Bas, au Luxembourg et en Belgique.
Lire sur la page Face Book le détail des horaires et rencontres avec Samantha.

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Cinema Zed – Louvain (à partir du 23/10/13)
CineAriston – Esch-sur-Alzette (à partir du 25/10/13)
Vendôme – Bruxelles (avant première avec S.B le 29/10 à 7h 25)

Cinema Aventure – Bruxelles (à partir du 30/10/13)
Sphinx – Gand (à partir du 13/11/13)
CineKursaal – Rumelange (à partir du 6/11/13)
CineWaasserhaus – Mondorf-les-Bains (à partir du 13/11/13)
Buda – Courtrai ( partir du 4/12/13)

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A venir (dates non encore précisées) :
Le Parc / Churchill – Liège
Le Parc – Charleroi
Plaza – Mons


Tilikum pleure et les gens rient.

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TILIKUM

Tilikum est né vers 1980 à l’Est de l’Islande, dans une mer glaciale le long d’une côte creusée de fjords. Il n’y vécut que 3 ou 4 ans, collé aux flancs d’une sage matriarche et protégé par les nombreux  membres de sa communauté. Puis des hommes sont venus, ils ont dispersé sa famille et l’ont emmené pour toujours, avec deux autres enfants.
Au début, Tilly se montra coopérant avec ses ravisseurs. Mais bien vite, les bassins surpeuplés du Sealand of Pacific firent de lui un rebelle. Quelques années suffirent à en faire un tueur. Ses deux premiers meurtres furent soigneusement tus mais le dernier mena SeaWorld devant les tribunaux. En mer libre, aucune orque jamais n’a blessé un humain. Les dresseurs agressés ou tués se comptent en revanche par dizaines.

Malgré sa taille énorme, Tilikum était pourtant le souffre-douleur du bassin, grand gosse grandi sans mère, socialement maladroit, rendu fou par l’ennui et le manque d’espace. Une bagarre avait éclaté entre orques peu avant le show fatal. Le géant s’est acharné sur le corps de Dawn Brancheau avec une rage inouïe, avant de lui manger le bras puis de reposer doucement sa tête près du cadavre immergé. Consterné par son acte.

Aujourd’hui, King Kong a retrouvé ses chaînes. Isolé plus d’un an, assommé par les drogues, il flotte. Toute la journée, il dort et quand vient l’heure du spectacle, il se contente de nager en rond, sans même avoir la force de bondir au sifflet. Tilikum est psychiquement mort. Mais son sperme congelé a déjà servi à faire naître 2/3 des bébés orques de la compagnie Sea World. Et on le masturbe encore.

En 2011, 42 orques étaient détenues en bassins dans le monde.
Elles sont 48 aujourd’hui, du fait des récentes captures russes et due « sauvetage » de Morgan en Mer de Norvège par le Dolfinarium de Harderwijk puis de sa vente à SeaWorld.
Depuis 1961, 137 orques au moins ont été capturées pour le marché de la captivité. 124 d’entre elles (soit 91% des prises) sont déjà mortes aujourd’hui.
La durée de vie moyenne des 124 individus capturés est de 4 ans, avec un maximum de 28 ans. Le temps de vie moyen des 32 orques nées en captivité est de 4 ans et demi.
En milieu naturel, les mâles vivent peuvent atteindre 60 ans et les femelles devenir centenaires.
Au total, 156 orques sont mortes en captivité. Ce chiffre comprend 28 enfants difformes malformés ou morts nés.

BLACKFISH pose clairement la question : pourquoi toute cette souffrance ? Pourquoi perpétuer ces jeux de cirques cruels, ces captures et ces inséminations artificielles ?  Dans quel but, si ce n’est le profit ?  Ne vaudrait-il pas mieux plutôt se soucier des orques libres, dont les cultures et l’intelligence sont comparables en complexité à celles des êtres humains ?

Déjà diffusé sur CNN,  BLACKFISH sera projeté en Belgique et dans toute l’Europe à partir du 30 octobre, Cet événement précède une vaste campagne orchestré par Born Free, SOS Defines et la WDC en vue de réclamer l’interdiction des delphinariums sur tout le territoire européen. Pour mémoire, la France détient encore 5 orques captives, dont 4 nées captives. Freya est la seule survivante des captures initiales. Elle vivait en Islande, comme Tilikum.


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Samantha à Sea World
http://www.flickr.com/photos/48521903@N00/sets/72157624823226253/ at SeaWorld
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Lire aussi :
Tous les horaires et les détails pratiques sur la page Facebook Blackfish Belgique

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L’enfance de Tilikum (article D.Kirby traduit par YG)

Blackfish, le film

Blackfish en Europe

Samantha Berg à Bruxelles

Sea World contre Blackfish, la guerre a commencé !

Les mystérieuses cultures des orques de l’Antarctique

Orques captives : les chiffres et les faits

Orques psychotiques en captivité

Tilikum, reproducteur en chef

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samantha-berg-speech-Brussels

samantha-berg-talk-to-Midori-BrusselsSamantha Berg, « Blackfish » Bruxelles 29/10/2013


« Voices of the orcas » : la face obscure de SeaWorld

SeaWorld DeathTillikum seul

«Voices of the orcas » est un site émouvant.
Son équipe rédactionnelle est composée d’anciens dresseurs employés par SeaWorld dont la plupart ont travaillé avec Tilikum.
C’est à l’occasion du tournage de «Blackfish»  que leur témoignage a été sollicité. Et ce n’est la moindres des scènes frappantes  de ce film que des le voir, ensemble, naviguant dans les eaux de Puget Sound où tant d’orques furent capturés ou moururent, dont la petite Lolita solitaire au Miami Seaquarium.

Tous ont les larmes aux yeux quand ils regardent ces bons géants vivre en famille, chassant, plongeant, voyageant dans leur propre pays, la mer. Tous attestent que jamais à SeaWolrd , on ne leur avait parlé de cela mais qu’au contraire, on les obligeait à mentir, en déclarant par exemple que les orques vivaient plus longtemps en captivité qu’en milieu naturel.

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Parmi eux, Samantha Berg.
Samantha sera à Bruxelles fin octobre. Elle nous racontera comment elle fut engagée à 22 ans sur base de tests essentiellement physiques, (endurance et sex-appeal), plutôt que sur sa connaissance des mammifères marins. Comme Ric O’Barry, elle nous décrira cette ivresse de la scène : nager avec des cétacés amène sur vous la notoriété, l’envie et même parfois un peu d’argent.
Mais aussi cet amour sincère des dauphins, souvent acquis depuis l’enfance, qui pousse à vouloir se trouver près d’eux.

Elle nous dira enfin comment, suite aux insinuations visant à mettre en cause la compétence de Dawn Brancheau, l’ultime victime de Tilly, elle découvrit qu’elle ne savait rien du passé criminel de l’orque ni des nombreux accidents survenus lorsque la captivité fait péter les plombs aux cétacés.

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Car le décor fastueux de Sea World, l’image sympathique d’une institution tout au service des loisirs, de l’éducation, de la protection et de la recherche, cache une tout autre réalité. Il ne s’agit là que d’une formidable entreprise commerciale cotée en bourse, imposant une vie réduite et déprimante aux esclaves qu’elle enferme.

tilikum-sealand-of-pacificTilly vient d’arriver d’Islande, encore couvert de la pommade
destinée à empêcher le désséchement de sa peau.

Tilikum en est l’exemple même.
Capturé à l’âge de 2 ans au large de l’Islande, son parcours fut celui d’un orphelin solitaire, humilié puis rebelle. Après avoir réduit en morceaux le corps de Dawn Brancheau, il est devenue désormais une sorte de zombie, semblable aux protagonistes du «Vol au-dessus d’un nid de coucou». Ses shows se réduisent à l’extrême et pour le reste, on le masturbe pour recueillir son sperme, revendu à prix d’or.

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Le site « Voice of the Orcas » témoigne de cette cruauté.
Il fournit des textes et des vidéos inédites et réclame que l’on fournisse aux 42 orques actuellement prisonnières dans le monde, une baie fermée en eaux froides, où elle pourront finir leurs jours dans la paix et la dignité.

Samantha Berg sera à Bruxelles à partir du 26 octobre 2013 et participera aux premières de la projection du film « Blackfish » en Belgique et dans plusieurs pays d’Europe.

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http://blackfish-film.nl/ (Version française imminente)
http://blackfishmovie.com/
https://sites.google.com/site/voiceoftheorcas/home
http://voiceoftheorcas.blogspot.be/

Lire aussi en français :

Tilikum, Spartacus parmi les orques

Kasatka, dont on prit l’enfant

Blackfish en Europe


Tilikum refuse de faire le clown


Orques : intelligentes, sociales et mentalement malades en captivité !

« Smart, Social and Erratic in Captivity »
Un article du New York Times

Faut-il maintenir en captivité certains animaux parmi les plus sociaux, les plus intelligents et les plus charismatiques de la planète ?

C’est une question qui se pose aujourd’hui plus que jamais, tant du côté des scientifiques que du côté des défenseurs des droits des animaux, parfois à propos de proches cousins de l’homme, comme le sont les chimpanzés ou d’autres grands singes, mais aussi à propos d’un autre mammifère remarquable pour son intelligence et son organisation sociale complexe  : l’orque ou «baleine tueuse».

Les orques, que l’on trouve dans tous les océans du monde, étaient autrefois aussi méprisées que les loups. Mais dans les 50 dernières années, ces élégants prédateurs noirs et blancs – qui sont une menace pour les phoques et autres proies quand ils sillonnent les océans, mais qui sont souvent amicaux avec l’homme à l’état sauvage – ont rejoint le panthéon des animaux sauvages adorés, aux côtés des ours polaires, des éléphants et des lions.

Marineland Antibes-ours3L’ours blanc de Marineland Antibes par 30°C
Photo
Marie-Hélène Combres 2013

Avec une espérance de vie qui se rapproche de celle de l’homme, les orques ont des liens familiaux très forts, une communication vocale élaborée et des techniques de chasse coopératives. Leur beauté et leur puissance, combinées avec une bonne volonté réelle lorsqu’elles travaillent avec les hommes, ont fait d’elles les stars légendaires des shows de delphinariums.

C’est aux alentours de années 60 qu’elles ont été capturées pour la première fois par des parcs marins. Désormais, aux Etats-Unis, les orques ne sont plus capturées très jeunes à l’état sauvage afin de grandir en captivité. Elles sont élevées en captivité afin d’être exposées au public dans les parcs aquatiques. (1)

Certains activistes et scientifiques tentent depuis de nombreuses années de s’opposer à leur maintien en captivité. Ils dénoncent leur qualité de vie dans ces enceintes artificielles et leur dressage destiné à des spectacles de cirque. Ils demandent qu’on leur fournissent un environnement plus naturel, tels que des enclos fermés en bord de mer, par exemple, mais exigent aussi qu’il soit mis fin à l’élevage des orques et à leur utilisation dans ce que leurs opposants appellent du «divertissement» et ce que les parcs aquatiques appellent de «l’éducation ».

Aujourd’hui, le sujet est évoqué avec une intensité nouvelle, tant par le biais du documentaire Blackfish que du livre Death at SeaWorld de David Kirby, qui vient juste de sortir en format de poche. (2)

Tant le film que le livre se concentrent sur la mort de Dawn Brancheau, une dresseuse de SeaWorld Orlando (Floride) en  en 2010. Cette jeune femme a été entraînée sous l’eau par une orque baptisée Tilikum, qui avait déjà été impliquée dans la mort de 2 personnes auparavant.

L’événement a conduit à deux citations à comparaître pour violation de la sécurité par la Occupational Safety and Health Administration (OSHA), en raison d’un contexte de travail dangereux. A l’heure actuelle, la bataille juridique est toujours en cours. L’OSHA estime notamment que les dresseurs devraient être séparés des orques. L’amende la plus récente imposée à SeaWorld date de juin 2013, et SeaWorld a fait appel de ces deux décisions. (3)

Le film et le livre font valoir que les actes de Tilikum étaient délibérés et que son comportement n’est que le résultat des dommages psychologiques causés par la captivité, pas uniquement à SeaWorld, mais également dans l’autre parc qui l’a gardé auparavant. Pour SeaWorld, en revanche, ce décès était un accident, pas un meurtre délibéré.

Au-delà de la mort de Dawn Brancheau et au-delà des arguments relatifs à la façon dont SeaWorld gère ses différentes installations, il subsiste un désaccord fondamental sur la question de savoir si les orques et les autres cétacés – le groupe de mammifères marins comprenant les baleines, dauphins et autres marsouins – doivent encore être ou non maintenus en captivité.

Tout cela rappelle, à bien des égards, le mouvement visant à déplacer tous les chimpanzés captifs dans des sanctuaires, mouvement qui a connu récemment deux succès majeurs quand le National Institute of Health a décidé de mettre à la retraite la plupart de ses grands singes et quand le Fish and Wildlife Service  a proposé de considérer désormais tous les chimpanzés comme des animaux menacés, érigeant ainsi de nouvelles barrières à l’expérimentation de ces animaux.

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Mais la situation des orques est différente. Il y en a beaucoup moins en captivité – au total 45 dans le monde, d’après l’organisation  Whale and Dolphin Conservation – et des milliers de gens les aiment, en partie à cause de leurs performances dans des parcs aquatiques comme SeaWorld, qui dérangent les opposant à la captivité. Une grande partie des études relatives aux mammifères marins ont aussi été réalisées dans ces parcs. (4)

Mais même les scientifiques qui ont travaillé avec des dauphins captifs mettent les orques à part en raison de leur taille, de leurs possibilités de mouvement à l’état sauvage, et de la nature très soudée de leurs réseaux sociaux.

Diana Reiss, du Hunter College (New York), qui a étudié la conscience de soi chez les dauphins mais qui n’a pas pris part à la réalisation de « Blackfish », indique ainsi que la question du maintien en captivité d’animaux comme les dauphins est importante et qu’elle doit être posée. Mais, selon elle, il n’y a aucune ambigüité concernant les orques. « Je n’ai jamais pensé qu’elles devaient être captives », indique-t-elle. « Je pense que, sur le plan moral comme sur le plan scientifique, c’est injustifiable»

L’animal en question, Orcinus orca, est en fait le « dauphin » le plus grand qui soit. Il semble qu’il ait été baptisé « baleine tueuse » non pas parce qu’il s’agissait d’un animal méchant, mais parce qu’il s’attaquait aux baleines.

Cette espèce a un régime alimentaire varié, certains groupes se nourrissant de poissons, d’autres se nourrissant surtout de phoques. Il semble que les orques puissent aussi manger des pingouins et d’autres oiseaux marins, occasionnellement des calamars et des tortues, et même un orignal ou un cerf qui nage.

Les mâles peuvent atteindre jusqu’à 10 mètres de long et peser jusqu’à 9,5 tonnes. Les femelles sont plus petites, jusqu’à 7 tonnes, mais vivent plus longtemps. Alors que les mâles vivent en moyenne 30 ans et peuvent atteindre 60 ans, les femelles vivent normalement 50 ans mais peuvent en atteindre 90. Les orques vivent en famille et en groupes, des groupes qui peuvent varier de quelques animaux à 15, bien qu’il leur arrive temporairement de rejoindre des groupes de 200 individus ou plus. (5)

Les orques nagent partout dans le monde, et les différents groupes peuvent avoir des régimes alimentaires, des comportements et même des caractéristiques physiques différentes. Un sous- groupe du Pacifique Nord-Ouest, appelé aussi la communauté résidente du sud, est répertorié comme espèce menacée dans le « Endangered Species Act » des Etats-Unis.

Les orques peuvent voyager sur de longues distances. « Elles peuvent faire 160 kilomètres par jour », indique Lori Marino, une chercheuse de l’Université d’Emory (Atlanta) qui a travaillé avec le Dr Reiss. Elle est aussi une activiste, apparaissant dans « Blackfish » et s’opposant à la captivité des dauphins et des orques.

Les orques ont un cerveau complexe, et les comportements des groupes sont si variés que les scientifiques n’hésitent pas à parler de cultures différentes.

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L’opposition au maintien des orques en captivité se base en partie sur les preuves qui ont déjà été fournies de leur intelligence, de leur organisation sociale et de leur grande variété. Ces faits ne sont pas vraiment discutés, ni d’ailleurs l’idée que les hommes doivent offrir aux orques en captivité une vie correcte.

Les opposants à la captivité énumèrent surtout une série de problèmes physiques et psychologiques engendrés par la captivité, en ce compris des comportements répétitifs, des problèmes dentaires et des attaques sur leurs dresseurs, comme celle qui a causé la mort de Dawn Brancheau.

orque-dents-limeesLes dents évidées des orques captives


Malgré cela, ces opposants reconnaissent que les orques captives ne peuvent pas, pour leur propre sécurité, être remises en liberté du jour au lendemain.
Ils ne demandent donc pas la fermeture des parcs comme le SeaWorld ou d’autres. Ils préfèreraient plutôt voir les parcs aménager des espaces plus grands et plus naturels pour les orques, comme des enclos en mer, enclos situés sur les zones côtières des océans et pouvant être fermés par des filets. (6)

Naomi Rose, une biologiste marine issue de la Humane Society of the United States, qui travaille également à l’Animal Welfare Institute, a coécrit en 2011 un article contre le maintien des orques en captivité. Pour elle, il serait tout à fait imaginable de créer des sanctuaires pour orques, et cela pourrait, voire devrait, être organisé par des entreprises comme SeaWorld, qui possède 22 orques, c’est-à-dire la moitié des orques en captivité dans le monde.

La société Merlin Entertainments, qui gère des parcs d’attraction comme les Legoland ou les Sea Life (principalement en Europe), a envisagé de créer un sanctuaire pour dauphins avec la Whale and Dolphin Conservation. Cathy Williamson, responsable des programmes de captivité pour l’organisation, a indiqué qu’il avait été assez compliqué de trouver un endroit en Europe (une crique ou une baie) suffisamment grand pour créer un tel sanctuaire. Pour elle, il serait pourtant envisageable de créer « une zone très large, entourée par des filets, de façon à ce que les dauphins restent captifs, mais dans laquelle ils ne devraient plus réaliser des tours pour les touristes ». D’après elle, le même type de sanctuaire pourrait être envisagé pour les orques.

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Mais, pour SeaWorld, tout comme pour l’Association des Zoos et Aquariums,  de tels sanctuaires seraient une solution à un problème qui n’existe pas. L’association compte 222 membres, dont 212 aux Etats-Unis, parmi lesquels on retrouve les SeaWorld d’Orlando, de San Antonio et de San Diego.

L’association établit des normes d’accréditation reprenant des exigences relatives au bien-être physique, psychologique et social des animaux. Pour le porte-parole Steven Feldman, « On pourrait dire la même chose pour les orques, les tigres et les chimpanzés ».

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Le Zoo d’Anvers est membre de la WAZA

Mais alors que la WAZA s’oppose à l’utilisation des chimpanzés pour le divertissement, et qu’elle a rejoint la décision du Fish and Wildlife Service en déclarant les chimpanzés « espèce en danger », elle continue à considérer les sauts, les plongeons et les autres tours réalisés par les orques dans les parcs comme relevant d’aspects « éducatifs » plutôt que du divertissement.

« Ce sont des comportements naturels », dit Paul Boyle, Vice-Président en charge de la conservation et de l’éducation au sein de l’association. « Les orques sont des êtres très coordonnés et les gens aiment les regarder ».

Christopher Dold, Vice-Président en charge des soins vétérinaires chez SeaWorld, prétend que les orques des parcs du groupe ont déjà « une excellente qualité de vie ». Pour SeaWorld et l’association WAZA, SeaWorld offre aux animaux captifs d’excellents soins vétérinaires et des programmes enrichissants sur le plan psychologique.

Tilikum-isolationTilikum : 1 an d’isolement total

Ils signalent aussi que des recherches sont faites dans les parcs, recherches sur les capacités cognitives des orques et des autres cétacés, sur leurs comportements et sur leur physiologie. Des recherches qui ne pourraient être réalisées d’aucune autre façon. D’après le Dr Dold, ce savoir, et l’occasion donnée au public de voir ces animaux en action, peuvent contribuer à l’éducation du public et soutenir la cause in fine de la conservation des espèces. « C’est pourquoi les orques, qui sont en contact direct avec les gens dans les zoos chaque jour, sont si importantes pour nous en tant qu’institution », ajoute-t-il.

seaworld-show-dauphinsDes recherches ? De l’éducation ? 

Le Dr Rose, qui s’oppose à la captivité, reconnaît que l’essentiel de ce que l’on sait aujourd’hui à propos de ces cétacés provient en effet des études menées dans les parcs aquatiques.

« Le problème est que notre savoir s’est construit à partir de personnes qui ont fait leurs débuts dans l’industrie du divertissement ».
Elle ajoute : « C’est un sujet que notre communauté n’aime pas aborder » – un sujet qu’elle espère cependant pouvoir résoudre un jour.

Lors d’une rencontre de la Society for Marine Mammology en Nouvelle-Zélande, le Dr Rose présentera, avec ses collègues, un article sur la survie des orques en captivité. Cet article démontre, d’après elle, que les orques captives ne se portent pas aussi bien que leurs congénères sauvages, et que les nombreux changements dans les soins apportés aux animaux, ainsi que l’augmentation des orques nées en captivité depuis 1995, n’ont pas amélioré les taux de survie.

Pour elle, la communauté scientifique devra entendre quelques dures vérités.

SumarLe show est fini pour Sumar, 12 ans

Traduction par Christelle Bornauw de l’article « Smart, social, and captive » de James Gorman
(paru le 30/07/2013 dans le New York Times – édition de New York)

En savoir plus :

Les orques captives (Réseau Cétacés)
Tilikum, Spartacus parmi les orques
Blackfish !

Dauphin échoué lors d’un show à Sea World

NOTES :
On saluera d’abord ici l’indépendance de la presse américaine, moins soumise que la presse française ou belges aux pressions économiques de l’industrie du cétacé captif.  On rappelera également que si la détention des orques posent un problème en termes éthiques, celle des dauphins, des grands singes ou des éléphants n’est pas moins contestable à ce niveau et pour les mêms raisons : intellegence vie sociale, troubles mentaux dus à la détention.

1. Elles sont élevées en captivité afin d’être exposées au public dans les parcs aquatiques.
Sous réserve de cas comme celui de Morgan, où la prétendue sauvegarde d’une petite orque égarée en Mer de Norvège s’avère être en fait une capture pure et simple, commanditée par Sea World. Quant aux dauphins, nombre d’entre eux ne sont « sauvés » de l’échouage que pour servir de bêtes de cirque.

2. Aujourd’hui, le sujet est évoqué avec une intensité nouvelle, tant par le biais du documentaire Blackfish que du livre Death at SeaWorld de David Kirby, qui vient juste de sortir en format de poche.
Mais qu’aucun éditeur français ne semble avoir le courage de publier, du fait du poids politique et économique du Marineland d’Antibes.

3. L’amende la plus récente imposée à SeaWorld date de juin 2013, et SeaWorld a fait appel de ces deux décisions.
Il faut savoir que lorsque le dresseur ne descend pas dans l’eau avec l’orque ou le dauphin pour y faire du rodéo, le show est considéré comme nul par les spectateurs.  En attestent les nombreux commentaires sur Youtube et les vidéos nostalgiques.

4. Une grande partie des études relatives aux mammifères marins ont aussi été réalisées dans ces parcs.
Il s’agit essentiellement d’études sur la physiologie et la capacité d’apprentissage des orques, ainisi que sur la reproductin en bassin. Toutes les informations relatives à leurs compétences sociales ont été faites en milieu marin, notamment par le Dr Paul Spong.

5. Les orques vivent en famille et en groupes, des groupes qui peuvent varier de quelques animaux à 15, bien qu’il leur arrive temporairement de rejoindre des groupes de 200 individus ou plus.
Le New York Times est ici mal informé. Les structures sociales des orques sont beaucoup plus complexes et s’articulent autour de dialectes communs. Le journal ne mentionne pas non plus l’intensité des liens qui unit les individus d’une même famille.

La société orque en milieu naturel est basée sur une première unité matrilinéaire constituée de la matriarche, de ses enfants et de ses petits-enfants, c’est-à-dire a minimum de 5 à 6 individus. Du fait que les femelles peuvent atteindre 90 ans en liberté, il n’est pas rare de voir 4 générations qui se déplacent ensemble. Ces groupes matrilinéaires sont très stables. Ses membres ne se séparent que quelques heures par jour, pour aller s’accoupler ailleurs ou se nourrir.
A un deuxième degré,  de deux à quatre unités matrilinéaires se regroupent pour former un pod, composé d’une vingtaine de personnes. Ces pods peuvent se diviser et se séparer durant plusieurs semaines avant de se retrouver.
Le troisième niveau de la structure sociale des orques est le clan.  Il regroupe un ensemble de pods, qui partagent tout à la fois le même dialecte semblable et une lointaine ancêtre commune.
Le dernier stade de l’organisation des orques est appelé une « communauté ».  Il s’agit d’un vaste ensemble de clans qui socialisent et se retrouvent régulièrement, mais ne partage ni le même dialecte ni d’ancêtre commun

6. Ils ne demandent donc pas la fermeture des parcs comme le SeaWorld ou d’autres
Le raccourci est un peu rapide. Tous les opposants demandent la fermeture de ces parcs et la relocation de leurs orques dans les enclos marins évoqués ci-dessus.

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Sea World contre Blackfish : la guerre a commencé !

La guerre a commencé. Elle sera décisive.

Si 2 autres documentaires ont déjà dévoilé la face cachée des delphinariums, A Fall from Freedom  et The Cove , Blackfish vient de se planter dans le flanc de SeaWorld comme un ultime carreau d’arbalète. Avec une sobriété remarquable, ce film n’expose que des faits accablants. Aux spectateurs de tirer les conclusions.

Cela rend la tâche de SeaWorld extrêmement difficile. La compagnie en est à son second communiqué, avançant sans rougir une série d’assertions irréalistes et niant l’évidence. Le débat ne fait que commencer, mais la défense est maladroite.

SeaWorld va devoir justifier publiquement l’existence même de ses spectacles de cirque. La conservation, les recherches, et l’éducation, que les delphinariums sont supposés fournir au détriment de l’animal, devront être prouvés.

Nous allons peut-être assister bientôt au même genre de débats que ceux qui ont précédé la Proclamation d’émancipation d’Abraham Lincoln et la fin de l’esclavage aux Etats-Unis.

SeaWorld est un empire, qui s’étend bien au-delà des accords entre delphinariums. Il contrôle les médias par ses mannes financières. Le public continue à apprécier ses shows. Les bénéfices sont effarants.
Mais pour combien de temps encore ? Fondamentalement, un show de dauphins ou d’orques, c’est toujours la même chose. Quelque soit la mise en scène choisie, de la plus minable à la plus somptueuse, le répertoire se limite à des sauts, des jets de ballon et à des chevauchées sur le dos des détenus.

On a tenté souvent de varier le menu, en enfermant des espèces exotiques, en transformant les spectacles en véritables concerts rock, selon les mots de John Kershaw, chef-dresseur à Antibes.
Mais tout passe et tout lasse.
Surtout si des documentaires viennent mettre à mal l’image enchanteresse de ces usines à cétacés.

La communauté scientifique se désintéresse de plus en plus des recherches menées en bassin. Le tour semble avoir été fait de ce qu’il y avait à découvrir dans de telles conditions. On se soucie à présent essentiellement de mettre au point des techniques pour maintenir  en vie les détenus aussi longtemps que possible et améliorer leur reproduction en bassin.

Les découvertes importantes de Louis Herman ou de Diana Reiss ont par ailleurs été obtenues sur des sujets vivants, dont la vie fut réduite aux dimensions d’un cachot et qui moururent pour la plupart bien avant l’âge de manière dramatique.

Les vrais chercheurs se tournent aujourd’hui vers la vie socioculturelle et psychologique des mammifères marins en milieu naturel. Dans ce domaine, les découvertes s’enchaînent : rituels funéraires, entraide, alliances, adoption, empathie avec des espèces autres que la leur, usage de nom, usage d’outils, dialectes, art des bulles, etc. Tout un monde s’ouvre à nous.

Quant à la conservation, si l’on ne peut nier le travail de SeaWorld et de ses associés quant au sauvetage de cétacés échoués, il faut rappeler que bon nombre de dauphins (ou d’orques) recueillis et soignés ne sont jamais réhabilités et intègrent aussitôt le circuit des cirques aquatique. Le cas de Morgan est le mieux connu.

L’éducation, enfin, est aussi peu crédible que la dolphin therapy. Il suffit de voir un seul spectacle au delphinarium, n’importe lequel, pour comprendre qu’elle peut gravement nuire à une vision respectueuse de la nature par l’enfant.

Dès lors que Blackfish sera diffusé à la télévision, que des versions pirates circuleront sur le Net, les jours de la compagnie SeaWorld seront comptés. L’Industrie tout entière commence à vaciller. C’est pour nous, amis des cétacés libres, le moment d’accélérer sa fin.

A propos de Blackfish :
http://abcnews.go.com/GMA/video/blackfish-documentary-takes-seaworld-19790943
http://keepwhaleswild.wordpress.com/2013/07/14/seaworld-riposte-seaworld-lashes-back/
http://abcnews.go.com/GMA/video/blackfish-documentary-takes-seaworld-19790943
http://blackfishmovie.com/
http://www.theatlanticwire.com/entertainment/2013/07/seaworld-afraid-new-documentary-will-make-you-never-want-visit/67345/

https://freedolphinsbelgium.wordpress.com/2013/04/20/seaworld-a-la-bourse-de-new-york-le-triomphe-de-lesclavagisme/
https://freedolphinsbelgium.wordpress.com/2013/05/12/blackfish-en-europe/
https://freedolphinsbelgium.wordpress.com/2013/03/23/blackfish-le-film/