Free our last 6 dolphins in Belgium.

Conscience dauphin / Dolphin Consciousness

Plongée dans la conscience d’une orque

killerwhale-orca-seaworld-tilikum-animalrights-captivity-dawnbrancheau-blackfish-deathatseaworldInside the mind of a killer whale
Une interview du Dr Lori Marino par Aviva Hope Rutkin (2013)


Il y a deux semaines, j’ai vu Blackfish, le documentaire fascinant sur les orques en captivité.  J’ai beaucoup apprécié le film mais un tas de questions me trottaient en tête. Des questions de neurosciences. Qu’est-ce qui différencie les orques des autres animaux, par exemple ? Comment les cétacés perçoivent-ils les humains ? Que voulaient dire les réalisateurs du film quand ils parlaient de l’intensité des émotions de ces mammifères marins ? A quel niveau d’intelligence ces animaux se situent-ils vraiment ? Et donc, j’ai appelé le Dr Lori Marino, spécialiste en neurosciences qui apparaît dans Blackfish et je lui a demandé de satisfaire ma curiosité.

Q- Vous êtes professeur en «neurosciences des cétacés» à l’Université d’Emory et vous travaillez dans ce domaine depuis plus de 20 ans. Qu’est-ce qui vous a attiré dans cette discipline ?

R- Pendant mes études supérieures, tout le monde avait choisi les primates. Je voulais étudier un autre animal – un groupe d’espèces comparables en intelligence mais à propos desquelles nous ne savions presque rien. Je me suis donc tourné vers les  dauphins et les baleines. Quand j’ai vu pour la première fois la photo d’un cerveau de dauphin dans un livre, je suis devenue accro. J’ai pensé: «Wow. Ca, c’est vraiment quelque chose !». Nous savions si peu de choses sur le cerveau d’un dauphin ou une baleine, il y a 25 ans. J’ai donc pris cela comme une opportunité.

Q – Il semble que ce soit plus difficile d’étudier un cerveau de baleine que, par exemple, un cerveau de rat ou de singe. L’étude d’un aussi grand animal pose-t-elle des défis particuliers ?

R- Oui, c’est plus difficile, parce que le cerveau lui-même est tellement différent de celui de tout autre mammifère. Cela fait partie des choses qui m’ont attiré vers ce champ de recherches : l’énorme taille de cet encéphale ! Mais aussi le fait qu’il était construit de manière différente des autres cerveaux mammaliens.

L’autre difficulté liée à l’énorme taille de ce cerveau est que vous ne pouvez pas utiliser facilement les mêmes techniques que pour des cerveaux plus petits. Cet encéphale est beaucoup plus grand que le plus grand cerveau de primate non-humain. Et le cerveau d’un dauphin est même plus grand que celui d’un humain. C’est très difficile à étudier.

Mais dès lors que nous avons pu utiliser des techniques telles que l’imagerie par résonance magnétique, les choses ont vraiment décollé. Nous pouvions prendre le cerveau, le mettre dans un scanner, obtenir des images numériques en 3D et faire ce que nous aurions normalement pu faire avec n’importe quel autre cerveau en le disséquant. L’imagerie magnétique nous a vraiment ouvert un vaste champ des recherches.

orca-brainLe cerveau d’une orque et la zone paralimbique

Q – Quels sont les caractéristiques qui font que le cerveau des épaulards est si différent de celui des humains ? Dans Blackfish, vous et les autres scientifiques, vous déclarez qu’une zone particulière de leur cerveau s’est agrandie.

R- En fait, si vous regardez le système limbique – la zone de traitement de l’émotion dans tous les cerveaux de mammifères – vous découvrez quelque chose de vraiment intéressant. Certaines parties du système limbique se sont modifiées chez les dauphins et les baleines et se sont réduites. Mais d’autres zones adjacentes sont au contraire devenues beaucoup plus grandes et plus élaborées que dans le cerveau humain. Cette aire du cerveau est appelée la “région paralimbique”.

Les cétacés disposent donc d’une sorte de lobe supplémentaire à côté de leur système limbique et de leur néocortex. Et bien sûr, vous pouvez tirer des déductions de ce fait. Ce lobe paralimbique a quelque chose à voir avec le traitement des émotions mais il est également lié au traitement de la pensée.

Il est très fortement développé chez la plupart des cétacés, mais beaucoup moins chez les humains et pas du tout chez d’autres mammifères. Cela suggère qu’il y a quelque chose qui a évolué ou qui s’est adapté dans ce cerveau au fil du temps, alors que cela ne s’est pas produit pour les autres mammifères, y compris les humains.

Q- Dans le film, on  dit qu’un tel développement pourrait indiquer l’existence d’une gamme d’émotions surpassant celles de l’homme.

R- Oui. Je pense qu’il est difficile de dire qu’il surpasse…. Si vous regardez, par exemple, le cerveau d’un orque et celui d’un être humain, il serait difficile d’affirmer que le cerveau humain est capable de la profondeur émotionnelle du cerveau de l’orque, parce que – encore une fois – ce que vous voyez dans le cerveau de l’orque est une élaboration sur la zone limbique que le cerveau humain ne possède pas.

Donc, si cette partie du cerveau d’orque fait ce qu’elle est sensée faire, comme elle le fait chez tous les mammifères – à savoir, traiter les émotions – cela suggère que ces animaux traitent leurs émotions de façon très sophistiquée. Je pense aussi que lorsque vous regardez le comportement des dauphins et des baleines, en particulier dans la nature, vous observez un niveau de cohésion sociale absolument sans équivalent chez d’autres mammifères, y compris les humains.

orca-pod-johnstone-strait-canada-flip-nicklinPod au Canada

Q- Justement, je voulais vous poser la question. On dit aussi dans Blackfish que les orques pourraient avoir un sens du Soi « partagé ».

C’est une idée très intéressante qui tourne en effet depuis un moment, mais cela risque d’être très difficile à tester.
Quand vous regardez la façon dont ils communiquent les uns avec les autres, la manière dont ils se déplacent les uns par rapport aux autres et comment s’organise leur vie sociale, vous comprenez que le fait d’être une orque ou un dauphin – ou n’importe quel autre de ces cétacés très sociaux – pourrait en fait être quelque chose d’un peu différent que d’être juste un individu. Il suffit de voir comment ils communiquent entre eux quand ils voyagent et comment ils réagissent quand l’un des leurs est détenu, blessé ou attaqué.

C’est vraiment intéressant. On a beaucoup discuté à propos des raisons pour lesquelles ils s’échouent parfois en masse ou sur le fait qu’ils pouvaient êter capturés tous ensemble en même temps. À Taiji, au Japon, quand les pêcheurs les  massacrent, pourquoi certains dauphins ne s’échappent-ils pas du filet ? Il leur suffirait de sauter !

Lors d’un échouage de masse, un groupe de cétacés sort de l’eau, se jette sur la plage, et finit généralement par mourir.
Un échouage peut impliquer des centaines d’animaux à la fois, tous vivants, souvent en bonne santé mais manifestement en détresse. Les scientifiques ne s’accordent pas sur les causes de ces échouages.

Ce phénomène peut être lié au sens du soi chez les cétacés, où l’individu est intimement relié à son groupe social. S’en déconnecter n’est pas envisageable dans le cadre de leur psychologie, comme des humains pourraient le faire en pareille circonstance. Bon, il ne s’agit à ce stade que d’une hypothèse mais qui répond bien à certains comportements difficilement explicables.

Quand un animal est malade et se dirige vers la rive, pourquoi l’ensemble du groupe le suit-il ? Prenons aussi le cas de certaines orques mâles. Si leur mère meurt, ils meurent aussi. Ils arrêtent de manger et s’enfoncent dans une sorte de dépression clinique dont ils finissent par mourir. Pas tous, mais certains d’entre eux. Nous avons observé cela. Qu’est-ce que cela signifie ? De quel type de cohésion sociale disposent-ils donc ?

taiji-oceanwatch-mother-child-2-9-2013Taiji : mère et enfant

Q-Y a-t-il d’autres mammifères susceptibles de vivre dans ce type d’environnement social?

R- Les ongulés sont des animaux à sabots. Par exemple, les chevaux, les cerfs, les chameaux, les rhinocéros, les porcs, les hippopotames et les girafes sont tous des ongulés. Vous savez, c’est très intéressant, parce que vous devez vous souvenir d’où les cétacés sont venus. Ce sont des ongulés, eux aussi ou plutôt, il le furent dans un lointain passé. Leurs parents les plus proches sont des animaux à sabots qui vivent en troupeaux. Donc, quand vous regardez les cétacés, vous voyez que le  troupeau est toujours là. Mais ils semblent l’avoir élevé à un autre niveau.

Si vous regardez les animaux terrestres qui vivent en troupeau … Il n’est pas évident que le sentiment de soi «diffus» existe chez eux comme chez les dauphins ou les baleines. Les cétacés se soutiennent mutuellement. Ils ne s’échappent pas même quand ils peuvent le faire. Et leur comportement est lié plus étroitement au groupe que chez les autres ongulés ou d’autres animaux vivant en troupeau. D’une certaine manière, nous pensons que leur comportement grégaire s’est  intensifié, mais comment et pourquoi cela s’est passé, nous ne le comprenons pas exactement. C’est un peu comme s’il s’agissait de “super-troupeaux” !

Wild_HorsesUn troupeau

Q- Peut-être n’est-ce pas la bonne façon de formuler cette question, mais je  la pose  : jusqu’à quel point les orques sont-elles intelligentes ?

L’encéphalisation est une technique utilisée pour décrire le cerveau. Les scientifiques attribuent aux animaux un quotient d’encéphalisation en mesurant la taille de leur cerveau, puis en la comparant avec celle de leur corps. Un haut quotient encéphalique signifie que le cerveau d’un animal est proportionnellement plus grand que la taille de son corps ne le laisserait prévoir. Les êtres humains possèdent le quotient d’encéphalisation le plus élevé de toutes les espèces. Certains scientifiques estiment que le critère d’encéphalisation peut être utilisée pour mesurer l’intelligence d’un animal.

C’est une question difficile mais importante et fondée. Vous savez, pendant très longtemps, j’ai essayé de comprendre l’intelligence des orques en comparant leur niveau d’ encéphalisation par rapport à celui d’autres animaux, en particulier les humains et les grands singes. Si vous utilisez cela comme une échelle d’inférence – ou si vous ne tenez compte que des données physiques – les humains se placent toujours au niveau le plus élevé. Juste derrière lui arrivent plusieurs espèces de cétacés, puis les grands singes, les éléphants, et un certain nombre d’autres espèces.

Donc, si vous envisagez la question de l’intelligence en tenant compte de ce quotient encéphalique, ou en étudiant la façon dont le cerveau est élaboré, les cétacés semblent remporter un beau score.

Mais si vous observez leur comportement, cela devient une évidence. Lors d’études antérieures, on a pu faire la preuve de leurs capacités à comprendre le langage symbolique, à posséder une mémoire ou à résoudre des problèmes. Diana Reiss et moi-même avons démontré que les grands dauphins se reconnaissent dans un miroir. Ils possèdent toutes ces capacités, qui sont assez rares dans le règne animal.

Mieux encore, quand vous travaillez sur terrain, vous constatez que les cétacés disposent de cultures, qu’ils font usage d’outils et que leurs réseaux sociaux sont extrêmement sophistiqués. Toutes ces données tendent à prouver qu’il s’agit là d’un animal très intelligent.

dolphin-mirrorLe test du miroir

Q- Excusez-moi : vous parlez bien d’outils ?

Mais oui ! Les cétacés se servent d’outils. Il y a toutes sortes de choses qu’ils font.
Les dauphins, par exemple. Il existe une population au large de la côte australienne qui se sert d’outils. Je ne dirais pas qu’il s’agit de fabrication, juste d’une utilisation, puisqu’il s’agit d’éponges.

Ils vont les chercher sur le fond et les placent sur ??leur rostre. De cette façon, ils peuvent fouiller le sable pour trouver des poissons, sans que leur rostre ne soit griffé. Nous savons que cette technique est transmise culturellement, puisque nous connaissons les individus qui l’ont découverte et ceux auxquels ils l’ont enseigné. La coutume passe de mère à filles, à la fois latéralement et verticalement. Donc, nous avons aujourd’hui un groupe de dauphins porteurs d’éponges, qui se caractérise par cette tradition.

Les baleines à bosse utilisent également des « filets de bulles » pour attraper leur proie. Ce n’est pas génétique. Ce n’est pas quelque chose d’inhérent ou d’acquis et ce n’est pas quelque chose que tous les individus d’un groupe feront nécessairement. Cet usage semble avoir été transmis seulement à certaines personnes, en particulier des femmes. Les femelles adultes ont tendance à être celles qui  innovent. Il en va de même chez primates.

Et nous savons maintenant – ce qui est vraiment intéressant – que les dauphins porteurs d’éponges ont tendance à fréquenter davantage d’autres dauphins à éponges ! C’est ce qu’on appelle l’Eponge Club. Nous voyons là en quelque sorte le début d’une ségrégation sociale fondée sur un comportement transmis et crée par un individu femelle.

Dauphin-eponge_Eric-PattersonL’usage d’outil chez le dauphin

Q- «Blackfish» nous montre également le lien étroit qui existe entre les dresseurs et les cétacés avec lesquels ils travaillent. Comment les orques que nous voyons  dans le film nous perçoivent-elles ?

R- Vous savez, c’est un sujet à propos duquel les dresseurs eux-mêmes ont beaucoup à dire. J’ai travaillé avec des dauphins captifs et votre question nous vient évidement à l’esprit dès qu’on est en face d’eux. Comment nous perçoivent-ils ? Des gens pensent qu’il existe une vraie relation intime entre les cétacés et leurs dresseurs. D’autres diront que c’est une relation contrainte. Je veux dire par là que vous êtes celui qui donne des récompenses ou celui qui punit. Il y a beaucoup d’injustice évidente dans cette relation… En fait, personne ne sait vraiment.

Je pense que les incidents tragiques décrits par Blackfish nous disent que ces relations ne peuvent pas être ce que vous pensez qu’elles sont. Dans le film, l’un des dresseurs déclare : «Vous savez, je veux croire que ça va plus loin que le simple fait de les nourrir ».  Je ne pense pas que quiconque sait vraiment. …

Quand vous songez à la psychologie du dresseur et de son captif, ce n’est pas une relation saine, clairement. D’un côté vous avez quelqu’un qui a un contrôle complet de la situation. De l’autre, quelqu’un qui n’en a aucun. Donc, oui, dans la mesure où un prisonnier peut avoir, comme on le sait, une relation étroite avec son ravisseur un capteur, cette relation existe sans doute mais je ne suis pas sûr quelle soit très saine.

tilikum-brancheauTilikum et Dawn Brancheau

Q- « Blackfish »souligne le fait que la détention des orques à Seaworld est inhumaine et psychologiquement dommageable pour ces animaux. Que pensez-vous qu’il faudrait faire des orques actuellement captives ?

Je pense que cela dépend de l’individu. Il y en a beaucoup parmi eux qui pourraient être de bons candidats à la réhabilitation et à la liberté. Il y en a d’autres qui ne le sont pas. Le gros problème pour le moment, c’est que n’avons pas de sanctuaires pour les dauphins et les baleines, comme nous en avons pour les éléphants, les chimpanzés et d’autres animaux.
Donc les cétacés captifs n’ont nulle part où aller, sauf dans l’océan, à moins que nous ne trouvions un moyen de les garder dans un lieu aussi proche que possible du milieu naturel. Bien entendu, sans qu’ils doivent faire des tours de cirque ou rester dans une petite piscine.

C’est quelque chose qu’il est vraiment important de développer: des sanctuaires pour les cétacés captifs, afin qu’ils puissent disposer de ce choix. Mais je pense que certains d’entre sont libérables au terme d’une réadaptation. Nous avons eu récemment 3 grands dauphins qui ont été réhabilités puis libérés d’un aquarium coréen. Ils sont maintenant de retour dans leur famille. Tout dépend de combien de temps ils sont restés en captivité, s’ils y sont nés, ce genre de choses. Quand vous enlevez un animal telle qu’une orque à sa mère et à sa famille, alors qu’il n’a que deux ans, vous faites des dégâts. La question est juste de savoir comment ce préjudice psychologique s’exprimera par la suite.

seoul-rehables 3 dauphins de Séoul ont chosi la liberté

Une interview du Dr Lori Marino par Aviva Hope Rutkin (2013).
Aviva est une journaliste scientifique qui travaille à Boston. Elle publie couramment des articles pour la MIT Technology Review. Follow her @realavivahr.

Si vous voulez en savoir plus, écoutez cet exposé de Lori Marino au sein de son université à propos de «Blackfish».

« Les orques ne sont pas plus intelligentes que mon chien».
Brad Andrews, Chief Zoological Officer SeaWorld

A propos de la pensée dauphin, lire aussi :

« Mais qu’en est-il finalement de ce moi central au cœur de ce monde circulaire sans relief , sans couleurs constitué de pixels sonores ? C’est là que les difficultés deviennent insurmontables tant qu’un « contact » n’aura pas été vraiment établi par le dialogue car le « soi » lui-même, le « centre de la personne » est sans doute construit de façon profondément différente chez l’homme et chez le dauphin.

H.Jerison parle carrément d’une « conscience collective ». Les mouvements de groupe parfaitement coordonnés et quasi-simultanés, à l’image des bancs de poissons ou des troupeaux de gnous, que l’on observe régulièrement chez eux, suppose à l’évidence une pensée « homogène » au groupe, brusquement transformé en une « personne plurielle ».

On peut imaginer ce sentiment lors d’un concert de rock ou d’une manifestation, lorsqu’une foule entière se tend vers un même but mais ces attitudes-là sont grossières, globales, peu nuancées.

Toute autre est la mise à l’unisson de deux, trois, cinq (les  » gangs  » de juvéniles mâles associés pour la vie) ou même de plusieurs centaines de dauphins ensemble (de formidables « lignes de front » pour la pêche, qui s’étendent sur des kilomètres) et là, bien sûr, nous avons un comportement qui traduit un contenu mental totalement inconnu de nous.

On sait que lorsqu’un dauphin voit, tout le monde l’entend. En d’autres termes chaque fois qu’un membre du groupe focalise son faisceau de clicks sur une cible quelconque, l’écho lui revient mais également à tous ceux qui l’entourent.

Imaginons que de la même manière, vous regardiez un beau paysage. La personne qui vous tournerait le dos et se tiendrait à l’arrière derrière vous pourrait le percevoir alors aussi bien que vous le faites. Cette vision commune, qui peut faire croire à de la télépathie, n’est pas sans conséquence sur le contenu mental de chaque dauphin du groupe, capable de fusionner son esprit à ceux des autres quand la nécessité s’en fait sentir. Ceci explique sans doute la formidable capacité d’empathie des dauphins mais aussi leur fidélité « jusqu’à la mort » quand il s’agit de suivre un compagnon qui s’échoue. Chez eux, on ne se sépare pas plus d’un ami en détresse qu’on ne se coupe le bras quand il est coincé dans une portière de métro !

En d’autres circonstances, bien sûr, le dauphin voyage seul et il « rassemble » alors sa conscience en un soi individualisé, qui porte un nom, fait des choix et s’intègre dans une lignée.

Il en serait de même pour l’homme si les mots pouvaient faire surgir directement les images qu’ils désignent dans notre cerveau, sans passer par le filtre d’une symbolisation intermédiaire. Si quelqu’un me raconte sa journée, je dois d’abord déchiffrer ses mots, les traduire en image et ensuite me les « représenter ». Notre système visuel étant indépendant de notre système auditif, un processus de transformation préalable est nécessaire à la prise de conscience du message. Au contraire, chez le dauphin, le système auditif est à la fois un moyen de communication et un moyen de cognition « constructiviste » (analyse sensorielle de l’environnement).  La symbolisation n’est donc pas nécessaire aux transferts d’images, ce qui n’empêche nullement qu’elle puisse exister au niveau des concepts abstraits. Quant à cette conscience fusion-fission, cet « ego fluctuant à géométrie variable », ils préparent tout naturellement le dauphin à s’ouvrir à d’autres consciences que la sienne.
D’où sans doute, son besoin de nous sonder, de nous comprendre et de nous « faire » comprendre. Un dauphin aime partager son cerveau avec d’autres, tandis que l’homme vit le plus souvent enfermé dans son crâne. Ces êtres-là ont décidemment beaucoup à nous apprendre…. »
Moi Dauphin

conscience-keiko-bassin

La nature des dauphins

Pourquoi défendre les dauphins ?

La science qui détruit

Les dauphins trop intelligents pour être captifs ?

Le dauphin est une personne

Défendre les dauphins !

Le langage des dauphins

L’intelligence des dauphins

Ethologie et intelligence des dauphins

Conscience dauphin


Dauphins : la science qui détruit

rampal-dialogueRampal dialoguant avec Wade Doak

« Pour contrer les sciences qui pourraient entraver leurs activités, les industriels ont mis sur pied toutes sortes de tactiques et de stratégies. De la nocivité du tabac au changement climatique en passant par les dégâts de l’amiante ou de certaines pollutions chimiques et les ravages environnementaux de certains pesticides, l’objectif est presque toujours d’aboutir à ces conclusions : «Il y a beaucoup d’incertitude », « Tous les spécialistes ne sont pas d’accord» , «Une énigme», etc. Cela n’a l’air de rien.
Mais dans un monde où la valeur première est la création de richesses économique immédiatement disponible, il faut un diagnostic sûr pour prendre des décisions contraignantes vi-àvis d’une activité industrielle. Il ne faut pas la moindre brèche, le moindre doute.

Pour les industriels « attaqués »  par la science, il faut créer de l’incertitude, donc de l’ignorance. Il faut détruire la science ».
Stéphane Foucart
« La fabrique du mensonge. Comment les industriels manipulent la science et nous mettent en danger »

Lire la suite sur Dauphins Libres 

Lire aussi :
Les dauphins sont trop intelligents que pour vivre en captivité

Pourquoi défendre les dauphins ?


La vie des dauphins mâles et l’histoire de Beachie, reproducteur à Bruges

Décembre 2013 : Beachie malade

beachie-dolphin-scan1

 

1. . LA VIE EN EN LIBERTE

Une bande d’amis dauphins s’amusent à faire la course avec un bateau, dans le Golfe de Floride. Ce sont des Tursiops truncatus aux larges nageoires, parfaitement adaptés à la vie côtière, à la faible profondeur des fonds et au climat chaud. Et c’est d’ailleurs à cause de cela que nos delphinariums européens les ont tant apprécié : leur remarquable résilience et leur capacité de survie dans des bassins absurdement petits désinfectés au chlore.

Notons d’ailleurs que ces dauphins que nous voyons nager libres sont de la famille de Winter et de Hope, les 2 poules aux oeufs d’or du Cleawarter Aquarium.

C’est un trio. Une alliance de premier degré, un gang de joyeux drilles couvrant chaque jour des kilomètres pour séduire les jolies delphines des clans voisins. Ils resteront longtemps ensemble, parfois même toute leur vie.

D’abord, on en voit un qui prend l’initiative et se lance hors de l’eau par bonds puissants et harmonieux. Très vite, ses potes le rejoignent et se lancent le défi : « Chiche qu’on le rattrape, ce bateau-là ! ». Leurs bonds respirent la joie, l’innocence, l’amité et la rigolade.

wild-dolphins-florida

« Des alliances à degrés multiples s’établissent parmi les mâles lorsqu’ils s’affrontent pour s’unir aux femelles.
Celles-ci ne sont pas confinées sur un territoire donné, comme chez d’autres mammifères sociaux, mais se déplacent au contraire sur de vastes espaces qui se chevauchent.

2 ou 3 dauphins vont former une première alliance très soudée sur le long terme afin de maintenir et d’engrosser une seule femelle. Ces paires ou ces trios vont à leur tour former une seconde alliance avec d’autres groupes de 2 ou 3 mâles au sein d’un ensemble de quatre à quatorze individus qui n’ont entre eux aucun lien familial. Ce groupe de second niveau coopérera pour défendre ses propres femelles ou pour attaquer d’autres groupes et leur voler leurs femmes. De telles alliances peuvent durer plus de quinze ans.

Enfin, ce super-groupe pourra constituer une coalition de plusieurs groupes du même type, toujours afin d’affronter leurs concurrents organisés sur le même mode. Nous aurons donc une alliance A alliée avec une alliance B pour attaquer une alliance C à certaines occasions, mais qui pourra s’allier à C pour attaquer une alliance C à un autre moment. Et là, cela devient vraiment très compliqué »(Richard Connor)

intel-dolphin-societies3Alliances du 3ième type


Les dauphins de Floride présentent en outre une structure sociale « fission-fusion » caractérisée par des associations temporaires d’une durée de quelques minutes à plusieurs heures. Ces modèles de regroupement flexible dans lequel les dauphins s’associent constamment de manière différente, impliquent qu’ils doivent être en mesure de se retrouver les uns les autres, lorsqu’ils sont  séparés par de longues distances. Ces distances doivent cependant être à portée de communications.

dolphin-home-rangeTerritoire d’une tribu dauphin

La décision d’un dauphin de rejoindre ou de quitter un groupe est lié à diverses considérations sociales, telles que la classe d’individus concernés (les mères avec leurs petits, les femmes célibataires adultes, les mâles adultes et les juvéniles ). Chaque dauphin se déplace dans des environnements sociaux différents.

La décision est également influencée par les caractéristiques écologiques de l’habitat occupé. Ainsi, les mères avec enfants préfèrent résider de façon régulière dans les eaux profondes. Elles y entretiennent des relations avec d’autres femelles dans la même situation et qui leur sont associées. Ces mêmes mères, quand elles viennent à nager dans des eaux peu profondes, rencontreront des juvéniles avec lesquels elles n’auront que peu de contacts.(…)

Bottlenose dolphin catching leaping striped mullet

 

2. LA VIE EN CAPTIVITE

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A Bruges, Beachie dort sur le fond de la piscine, foudroyé d’ennui.
Né libre en 1982, « sauvé » d’un échouage en avril 1984, il fut envoyé au Sea World d’Orlando le 27 avril 1984. Il quitta cette entreprise le 8 juin 1997 pour être déporté au Dolfinarium de Harderwijk, aux Pays-Bas. Le 18 septembre 2009, il fut envoyé enfin dans les bassins de Bruges. Beachie avait été un bon étalon avant le Boudewijn Seapark. A SeaWorld et Harderwijk, il engendra Marble (1997 – ), Sal’ka (1998 – ), T’lisala (2001 – ), Amtan (2001 – ), Palawas (2004 – ), Spetter (2005 – ) et Kite (2005 – ). Mais une fois en Belgique, il ne  donna plus qu’un enfant mort-né à la petite Yotta en 2010, des jumeaux également morts-nés à la plus mûre Roxanne en 2011, puis encore un bébé décédé au bout de 4 jours à la même Roxanne. Son contexte de vie largement dégradé y est sans doute pour quelque chose.

bruges-roxanne-enfantRoxanne et son bébé, mort à 4 jours

En 2009, Beachie a donc été amené au Boudewijn Seapark à Bruges dans le cadre d’un programme d’élevage international (EEP).Il faut savoir que les EEP sont supposés assurer la sauvegarde d’une espèce menacée ex situ, tels que tamarins dorés, panthères de l’Amour, éléphants de Sumatra  etc.  Le Tursiops est une espèce jugée peu menacée par l’IUCN. Il n’est en outre jamais réhabilité par les delphinariums. Ceux-ci trahissent donc l’esprit même de ces programmes européens de reproduction. L’éducation déficitaire et les recherches inutiles se sauraient justifier légalement l’élévage de dauphins captifs, puisqu’elles ne contribuent en rien à la conservation de l’espèce.
Seules des femelles et des jeunes vivaient à Bruges depuis la mort de Tex, ce qui rendait, paraît-il, indispensable l’arrivée d’un mâle nécessaire à ce programme de reproduction de ce qu’il faut bien appeler des « bêtes de cirque ». Notons que ni Beachie, ni les résidentes du cirque aquatique flamand n’avaient fait le choix de se rencontrer. Le groupe allait devoir une fois encore se voir remodélé par la main de l’homme.

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Une semaine avant le déménagement de Beachie, des dresseurs experts du Boudewijnpark se rendirent à Harderwijk pour voir comment  travaillait Beachie, quels étaient les tours qu’on pouvait lui demander et comment il avait été dressé à participer aux examens médicaux. Dans la matinée du 19 Septembre 2009, le dauphin fut déplacé à Bruges en compagnie de 5 employés de Harderwijk et de ses nouveaux maîtres. Beachie fut transporté dans un hamac suspendu dans une caisse. Il est arrivé à Bruges dans l’après-midi pour être aussitôt dans le bassin à l’arrière du delphinarium.  Durant toute la première semaine après le déménagement, un dresseur de Harderwijk demeura à Bruges pour aider à l’intégration de Beachie au sein du groupe et conseilller l’équipe de Bruges.

Bruges-dolphins-groupPhoto Adriaan van Rijswijk

Les 4 premiers jours, Beachie est resté dans le bassin du fond, séparé du groupe par un simple filet. Cela lui permit d’entendre et de voir ses nouveaux compagnons de cellule. Ensuite, le mâle fut présenté aux 5 résidents. Dans un premier temps, il entra en contact avec Roxanne, l’une des trois femelles adultes, tandis que les autres restaient séparés de lui dans le bassin destiné au spectacle.

dolphinbay-food1Photo Hurricane Warrior

Aujourd’hui, Beachie a fini par s’entendre avec les « femelles de haut rang », Roxanne, Yotta et la vieille Puck.
Les jeunes Indy et Ocean – déjà 10 ans ! – ont peur de lui. La dominance en bassin est absolue, car il n’y a ni moyen de s’enfuir ni de créer des alliances.

Par rapport à ce que Beachie a connu dans son lagon à ciel ouvert hollandais, le bassin du delphinarium n’est pas grand. Profond de 6 mètres en un certain point, sa longueur est de 40 mètres. A droite et à gauche du bassin, se trouve 2 enclos d’isolement. Derrière le décor en carton-pâte, se trouve un autre bassin plus large profond de 4 mètres. Cet espace était destiné à l’origine aux otaries.  Elles y retournent en hiver. En été, elles sont logées au Théâtre des Otaries.

beachie-isolementPhoto Adriaan van Rijswijk

Beachie dut aussi apprendre à obéir de façon différente.
A Harderwijk, tous les dauphins à la fois reçoivent l’attention des dresseurs. A Bruges, les animaux doivent rester calmes au pied de l’entraîneur jusqu’à ce qu’ils reçoivent chacun des instructions à exécuter. Pour Beachie, au début, ce fut difficile d’attendre son tour. Il sautait souvent hors de l’eau,  très excité et avait du mal à garder son sang-froid. On l’a maté.

DSCN2400Photo Hurricane Warrior

 Pour le spectacle, on lui demanda d’abord de montrer les tours appris à Harderwijk. Ensuite, il apprit à jeter des ballons aux enfants et à faire des sauts périlleux. Cette formation avait déjà commencé à Harderwijk, mais n’avait pas encore été achevée. On se demande dès lors ce qu’il a bien pu apprendre à SeaWorld, durant tout le temps où il y a séjourné après son « sauvetage ».

beachie-trainingPhoto Adriaan van Rijswijk

Pour Beachie, pas mal de choses ont changé. Il a longtemps vécu dans le DolfijndoMijn à Harderwijk, parmi un groupe d’autres mâles.
Eux non plus ne s’étaient pas choisi, mais au moins, ils étaient entre hommes.

Au Boudewijnpark, notre étalon partage désormais l’espace exigu des bassins avec 3 jeunes, dont un mâle maigrichon, et 2 femelles plus âgées que lui. En outre Beachie n’a plus la possiblité de sortir à l’air libre, ni de ressentir le soleil sur sa peau, dans une eau de mer où peuvent survivre des poissons. Le delphinarium de Boudewijnpark est complètement recouvert par un dôme. Ses eaux sont entièrement artificielles.
(Informations extraites d’une interview du chef-dresseur de Bruges, Sander van der Heul, sur le site professionnel du Dolfinarium de Harderwijck).

beachie-bruges2Photo Adriaan van Rijswijk

Est-il seulement nécessaire de conclure ?
La simple juxtaposition de ces deux modes de vies ne suffit-elle pas à condamner une pratique commerciale qui ne devrait plus exister en Europe : l’exhibition de dauphins vivants ?  

En savoir plus :
https://freedolphinsbelgium.wordpress.com/2013/04/28/il-faut-fermer-le-delphinarium-de-bruges/
https://freedolphinsbelgium.wordpress.com/2013/07/06/rencontrez-nos-dauphins-pour-la-premiere-fois-dans-leau/

http://www.tropicaldolphin.org/ResearchHabitatUse.html
http://sarasotadolphin.org/dolphin-life/about-sarasota-dolphins/dolphin-societies/

Le show pédagogique du Dolfinarium de Harderwijck 


Dusty attaque ! La delphine en a marre !

30 Juillet 2013
Dusty la delphine est impliquée dans 4 agressions au large de Doolin en Irlande

Un nageur a été blessé par un dauphin dans Co Clare nuit dernière. En 1 mois, c’est le quatrième incident impliquant le même animal.

Malgré les avertissements répétés des autorités, en particulier ces dernières semaines, les gens continuent à nager au large de Doolin avec le grand dauphin femelle connu sous le nom de Dusty.

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Lors de l’agression la plus récente, une femme a été attaquée alors qu’elle sortait de l’eau après une baignade, vers 22 heures.
Le dauphin est soupçonné de l’avoir violemment frappé dans les reins avec son rostre et laissée au sol.

La femme a été soignée sur les lieux par la Garde Côtière. Une ambulance l’a emmenée à l’Hôpital régional Centre Ouest à Limerick. Elle est restée meurtrie et choquée par l’incident.

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Le dauphin, dont on estime l’âge à 14 ans, est apparu à la jetée de Doolin en 2011. Auparavant, elle avait séjourné dans la région du nord de Clare Fanore durant quelques années. 

Ce mammifère marin long de 3 mètres s’est déjà rendu responsable de coups et blessures sur un certain nombre de personnes au cours des 2 dernières années. Plusieurs d’entre elles ont hospitalisées dans un état grave.

Le 19 Juillet, une femme de 40 ans a été frappée à l’abdomen par le dauphin quand elle nageait près de la jetée. Les sauveteurs locaux lèvent désormais le drapeau rouge « Danger ! » chaque fois que Dusty pénètre dans la zone.

Le Irish Whale and Dolphin Group (IWDG) a placardé des affiches d’avertissement à Doolin ce mois-ci.

« Notre politique est de décourager les gens de nager avec les cétacés en Irlande », déclare son coordinateur, le Dr Simon Berrow. « Nous avons réalisé une affiche recommandant de pas nager avec Dusty. Ils doivent la respecter comme un dauphin sauvage et ne pas la saisir, la rocher ou courir derrière elle. Dès qu’elle fait montre d’un comportement agressif ou bruyant, ils devraient quitter l’eau ».

Le dauphin semble être devenu territorial.

Les autorités de Doolin conseillent aux gens de regarder le dauphin depuis le quai ou les rochers, mais de ne pas entrer dans l’eau.

Liam Griffin, agent du Co Clare’s water safety development dit que les gens continuent à ignorer les avertissements répétés. « On ne peut jamais savoir comment le dauphin va réagir. Il vaut mieux rester loin d’elle ».

NOTE : Il est tout à fait extradinaire que les baigneurs ne VOIENT pas les signes de colère montante chez Dusty. C’est comme si un gorille se frappait la poitrine. Très paisible jusqu’ici, la pauvre Dusty a atteint son quota d’humains et ne peut plus les supporter.  Ailleurs, Dony essaye de violer des femmes et Fungie refuse tout contact. Des opérateurs de vacances usent et abusent de ces rencontres lucratives. L’argent gâche tout, même l’amitié.

Source :

http://www.irishtimes.com/news/environment/swimmer-injured-in-co-clare-dolphin-attack-1.1478477

Lire aussi :

http://www.dolphindaysireland.com/Home.html
http://www.iwdg.ie/index.php?option=com_k2&view=item&id=2407
https://www.facebook.com/dustydolphin

A propos des « ambassadeurs » :
http://www.dauphinlibre.be/randybelg.htm
http://www.vodeo.tv/documentaire/dauphins-ambassadeurs-les-messagers-de-la-mer


Pourquoi défendre les dauphins ?

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Certains amis des animaux s’étonnent que l’on puisse distinguer la souffrance du dauphin captif de celle de la poule de batterie. Pourquoi faudrait-il favoriser les espèces qui nous ressemblent le plus au niveau intellectuel ou physique ? Tous les animaux – y compris les humains –  ne méritent-ils pas qu’on les respecte et qu’on les protège ?

Précisons d’abord que les défenseurs des dauphins condamnent également la vivisection, la corrida, le commerce de la fourrure ou l’élevage en batterie. Au non d’un antispécisme partagé, ils soutiennent ceux qui ont choisi d’abolir ces pratiques. Ils notent aussi que la souffrance diffère de la douleur et qu’elle augmente dès lors qu’elle s’accompagne d’appréhension, de souvenirs, de regrets, de chagrin, d’états émotionnelles complexes. Ceux-ci rendent par exemple la captivité plus pénible pour un gorille que pour un serpent.

Le combat pour les cétacés libres comporte cependant un enjeu unique, que l’on ne retrouve nulle part ailleurs dans le champ de la défense animale. Cette dimension est souvent difficile à saisir pour le grand public et les médias,  viscéralement anthropocentristes et incapables d’admettre qu’il puisse exister des «gens» semblables à eux mais dotés de nageoires et de caudale, plutôt que de bras et de jambes.

Imaginons pour faire simple que des martiens civilisés et pacifiques posent leurs soucoupes volantes sur l’océan. Leur intelligence équivaut à la nôtre, bien qu’elle se fonde sur un cerveau et des sens profondément différents. Ils se reproduisent, créent des cultures et des langages, fondent de larges sociétés sans porter la moindre atteinte au milieu où ils vivent, que du contraire !

intel-cerveauxCerveau dauphin, cerveau humain

Un être humain curieux n’aurait-il pas aussitôt le besoin d’en savoir plus sur ces étranges voisins à aileron et nageoires ? Ne se précipiterait-il pas pour dialoguer avec eux, apprendre d’eux et partager leurs vision du monde ?

En protégeant les cétacés et en tentant de mettre fin à l’esclavage dont ils  font l’objet, nous nous donnons une dernière chance d’entrer en communication avec une espèce non-humaine dotée de cultures. Certes, il est bien d’autres, comme les corbeaux, les perroquets, les éléphants, les grands singes, les capucins, les loups, etc. Le cercle ne cesse de s’élargir, au fil des découvertes.

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https://www.youtube.com/watch?v=uf6Klt6dkVs

Mais le dauphin est le seul à venir vers nous. A entamer le dialogue.
Aucun éléphant, aucun chimpanzé ne viendra spontanément chercher de l’aide chez un humain, tenter de lui porter secours ou jouer avec lui.  Aucun de sortira de la jungle pour vous souhaiter la bienvenue.
Les dauphins, si.
Depuis des siècles, certains d’entre eux coopèrent avec nous lors des pêches et d’autres s’installent même à demeure parmi nous.

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https://www.youtube.com/watch?v=m29APiGLcwo

Les dauphins sont sans doute les seuls « animaux » à communiquer au moyen d’images-mots articulées dans un langage. Comme nous, ils ne cessent de faire du «vocal labeling» : ils désignent les actions et les choses avec des morphèmes lexicaux et grammaticaux

A la manière d’une « Pierre de Rosette », les langues sifflées intermédiaires (notamment celle conçue par Dwight Wayne-Batteau pour la US Navy dès 1966) nous permettront un jour, à court ou moyen terme, d’entamer un véritable dialogue avec les cétacés, de découvrir leur propre linguistique et surtout de pénétrer et de comprendre enfin leur monde mentaux.

D’importantes recherches sont d’ailleurs en cours à ce niveau, menées notamment au sein du Wild Dolphin Project par Denise Herzing et Thad Starner, chercheur en Intelligence artificielle. Sans parler des études conduites du côté russe, dont on sait beaucoup moins, si ce n’est qu’elles ont permis au Dr Vladimir Markov de prouver l’existence d’une syntaxe et de l’abstraction chez le dauphin de la Mer Noire. Ce fait reste cependant toujours douteux aux yeux de certains scientifiques, comme le fut en son temps la capacité des grands singes à manier le langage des signes.

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Si l’intelligence des dauphins n’est donc plus à prouver, ni le fait qu’ils partagent avec nous nombre de qualités  morales, telles que la solidarité, le sens de la famille, l’amitié, le deuil, l’empathie élargie jusqu’aux autres espèces, leur univers intérieur nous reste encore parfaitement étanche.

Dans le cas du dauphin, la structure du cerveau est celui d’une sorte d’ongulé carnivore retourné à la mer il y a 30 millions d’années, le Pakicetus,  et ne diffère donc pas fondamentalement de celui de n’importe quel autre grand mammifère. Par contre, le milieu marin au sein duquel il évolue a développé chez lui une forme physique suprêmement adaptée à la nage et à la chasse, puis un outillage sensoriel performant et enfin, une intelligence du plus haut niveau, prenant assise sur un cerveau sophistiqué.

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Une telle augmentation des capacités cérébrales, développée bien au-delà des besoins de motricité ou de sensorialité, est qualifiée « d’encéphalisation structurelle ». Au Tertiaire, les ancêtres des éléphants, des grands singes et des cétacés se sont lancés dans la course au gros cerveau qui s’est conclue au  Quaternaire.

elephanversamies2 amies se disent adieu au Zoo d’Anvers

Mais à quoi sert l’intelligence ?
Essentiellement à comprendre le monde et ceux qui le composent, y compris les membres de sa propre espèce, avec lesquels il faut sans cesse gérer une relation sociale adaptée.

Si les bactéries ont choisi une autre voie tout aussi efficace depuis 3, 5 milliards d’années, l’intelligence est à coup sûr la meilleure stratégie contre les aléas du monde, ses mutations brusques, puisqu’elle permet de répondre rapidement aux modifications du milieu. En augmentant d’un degré supérieur ces facultés par le moyen du langage, lequel conserve le savoir des générations mortes, l’homme et le cétacé ont sans doute franchi un nouveau pas vers une plus grande adaptabilité.

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La formidable intelligence auto-réflexive et technique de l’humain ne l’a pas empêché de ravager son propre habitat, au point de mettre en danger toutes formes de vie sur la planète. Chez le dauphin, rien de pareil. Ni guerre, ni pollution, ni surpopulation, ni exploitation suicidaire des ressources alimentaires. Une société de chasseurs cueilleurs aussi stable que celle des San en Afrique du Sud, jusqu’à l’arrivée des bantous puis des européens.
On se souviendra d’ailleurs du mépris que l’Occident manifestait jusqu’il y a peu à ces peuples prétendus «primitifs», qu’il arrivait qu’on exhibe dans les zoos, voire même qu’on empaille.

venus-noire Saartjie Baartman

Les Aborigènes d’Australie vivaient nus, ne disposaient que de peu d’outils et se contentaient de chasser. Etaient-ils primitifs pour autant ? Lorsqu’on prit enfin la peine de les écouter, plutôt que de les réduire en esclavage ou de les tirer au fusil, la prodigieuse richesse  de leurs mythes fondateurs fut enfin révélée.
Puisse-t-il en être de même un jour pour  les peuples cétacés.

Nuotare con i delfini a Bay of Island il paradiso naturale della Nuova Zelanda

La nature des dauphins
http://www.dauphinlibre.be/nature_des_dauphins.htm

Conscience dauphin
http://www.blog-les-dauphins.com/intelligence-des-dauphins-en-fait-elle-des-personnes-non-humaines/

Défendre les dauphins !
http://www.dauphinlibre.be/dauphins-defense-nouvelle-frontiere-morale.htm

Le langage des dauphins
http://www.dauphinlibre.be/langage.htm

L’intelligence des dauphins
http://www.dauphinlibre.be/intelligence.htm

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L’animal est « Quelqu’un » et non pas « Quelque chose »

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Le Centre Kimmela vient de terminer la première étape de son travail sur le projet « Quelqu’un », (Someone Project) mené conjoitement avec Farm Sanctuary.
Ce document sera utilisé pour sensibiliser davantage le public à la vie psychologique complexe des animaux d’élevage, mais aussi pour faire modifier les politiques d’élevage au bénéfice du « bétail » de ferme.

Dans cette première étape,  le Centre Kimmela a compilé toutes les preuves scientifiques relatives à la complexité cognitive, affective et sociale chez les porcs et les poulets. L’étape suivante consistera à rassembler le même type de preuves pour d’autres animaux d’élevage, comme les vaches et les chèvres. Ces données ont été réunies par une équipe de bénévoles et d’avocats disposant d’une bourse détudes, tous membres inestimables du projet.

De telles preuves scientifiques sont également efficaces quand il s’agit de plaider la cause des éléphants, des grands singes, des dauphins ou d’autres animaux. Ici, le nouveau projet vise à révéler la complexité psychologique des animaux de ferme et les fondements psychologiques de leur être propre, qui est d’être « quelqu’un » et non pas « quelque chose ».

DSCN0285Usage du « hook » à Pairi Daïza : qu’en pense l’éléphante?

http://www.kimmela.org/some-special-folks-from-the-someone-project/

cochons-mamansTruies pondeuses


Jane Goodall condamne les delphinariums

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VIDEO : LE MESSAGE

Jane Goodall n’est rien moins que la Copernic de l’éthologie, celle dont les observations de terrain ont renversé nos antiques certitudes quant au « propre de l’homme ».

En octobre 1960, elle observe pour la première fois un chimpanzé en train de fabriquer des outils destinés à pêcher les termites. Cette découverte ébranle la notion « d’être humain», qui attribuait alors ce comportement au seul Homo faber. Grâce à ses recherches, nous savons désormais que les chimpanzés sont presque identiques aux humains, tant au niveau génétique qu’intellectuel ou affectif. Ils chassent en bande, se font la guerre, honorent leurs défunts, communiquent et entretiennent entre eux des liens forts et durables.

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Ses innombrables travaux l’ont amené à donner des noms aux chimpanzés qu’elle côtoyait et à leur reconnaître une personnalité, extrayant ainsi les primates de leur image de brutes pour estomper peu à peu la distinction entre les grands singes humains et les autres.
Depuis des années, Jane Goodall se bat pour la protection des chimpanzés en milieu naturel et contre leur exploitation par les laboratoires, les cirques, les films ou les zoos.

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Aujourd’hui, le Dr Jane Goodall se donne pour mission essentielle d’alerter l’opinion publique à propos des dangers qu’encourt notre planète et de faire évoluer les comportements individuels vers un plus grand respect de notre environnement. Fondé en 1977, en Californie, l’Institut Jane Goodall célébrait récemment ses trois décennies de recherches, d’éducation et de conservation de la faune.

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Jane ne fut pas seule, bien sûr, à explorer les cultures non-humaines à ce moment de l’histoire.
Diane Fossey nous fit comprendre toute la douceur de la société gorille. Biruté Galdikas nous ouvrit les portes du monde subtil, gracieux et pacifique des orang-outans. A leur suite, Franz De Wall  mit en évidence la politique et la morale des peuples chimpanzés, tandis que Hal Whitehead démontrait l’usage de dialectes chez les cachalots.

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Mais après Jane, il devint évident qu’on ne pouvait plus considérer un grand singe, un éléphant ou un cétacé autrement que comme des «personnes», pour ne parler que de ces 3 espèces dont les capacités cognitives et émotionnelles se rapprochent le plus des nôtres malgré d’autres Umwelt.

Toute une génération de scientifiques indépendants adhère aujourd’hui à cette vision des choses, proprement révolutionnaire.
Aussi violent, aussi irrationnel, aussi viscéral que le racisme, le Spécisme imprègne en effet toutes nos philosophies, nos recherches, nos loisirs, notre alimentation. La dichotomie Homme Animal constitue le fondement même de l’économie de marché que nous pratiquons depuis le néolithique. Il nous faut continuer à croire et à faire croire que la « bête » n’est qu’une machine biologique, privée d’être propre, pour pouvoir l’exploiter, la tuer, s’en nourrir ou rire d’elle sans remords. Penser différemment signifierait la fin de notre façon de vivre et la nécessité d’en trouver une nouvelle.

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Plus d’abattoir, plus d’élevage, plus de massacres d’éléphants ou baleines, plus de forêts incendiées au profit de l’huile de palme tandis que fuient les orang-outans. Plus de zoos, plus de delphinariums, rien que des sanctuaires naturels in situ ou dans des zones climatiquement proches à l’abri des violences humaines. Et finalement plus de pollution non plus, plus d’énergies fossiles, plus de surpopulation, tout simplement parce que nous ne pouvons pas nous permettre de massacrer des millions d’espèces et de ravager leurs biotopes sans encourir le risque de nous détruire nous-mêmes.

En toute logique, Jane Goodall s’est évidemment opposée à l’Industrie du Dauphin Clown.
C’est grâce à elle et à des gens comme elle que nous pouvons encore croire en notre propre humanité. Et garder de l’espoir.

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 VIDEO : LE MESSAGE