Free our last 6 dolphins in Belgium.

jardins zoologiques

Anvers 2014 : grands singes et autres détenus

anvers-chimpanzees2-decembre-2013

Voilà bien des années que la situation des grands singes au Zoo d’Anvers nous interpelle.
Voilà bien des années aussi que des éthologues plaident pour que chimpanzés et gorilles puissent y bénéficier d’un environnement mieux adapté à leurs besoins physiques et psychiques.

Ailleurs en Europe ou aux USA, dans les zoos les mieux tenus, un espace gazonné au grand air est considéré comme un minimum vital pour nos plus proches cousins.
Un minimum, car dans les grands sanctuaires construits à leur intention aux USA ou en Afrique, il ne s’agit pas de simple gazon mais également d’une quantitié d’activités ludiques et sociales qui rendent leur vie plus proche de celle des vrais grands singes.

OLYMPUS DIGITAL CAMERACenter for Great Apes Florida

Le climat n’arrange rien. En Belgique, les animaux issus de pays subtropicaux sont enfermés près de huit mois de l’année dans des locaux à l’abri du froid. On frémit à l’idée du temps que les orang-outans du Monde Sauvage d’Aywaille passent dans leur casemate minuscule en hiver, ou bien les bonobos de Planckendael dans leur salle de bains souterraine !

OLYMPUS DIGITAL CAMERABonobos à Planckendael (été)

bonobo-planckendael-hiver.Bonobos à Planckendael (automne-hiver)

Sans doute, depuis les années 50, le Zoo d’Anveres a-t-il réalisé d’indéniables progrès. Les chimpanzés ne sont plus enfermés derrière des barreaux, ils ne reçoivent plus de nourriture des visiteurs et ne meurent plus de pneumonie à la chaîne. De nombreux agrès et même quelque rares jeux d’intelligence ont été ajoutés. Des touffes de paille leur permettent désormais de faire leur nid le soir.

Mais l’espace reste insuffisant et les chimpanzés s’entassent les uns sur les autres dans ces pièces verdâtres percées de portes arrière d’où les gardiens leur jettent des pommes pour les calmer. Ils passent leur temps à se bagarrer, à hurler et à se poursuivre.

DSCN1362Des conflits permanents à huis clos

A cet égard, les chimpanzés sont identiques aux Hommes : ils aiment la politique et ils aiment dominer. Mais dans cet univers de cages communiquantes, il n’y a pas de ligne de fuite, aucun arbre où grimper et se faire tout petit, aucun frère ou cousin pour former une alliance. C’est le passage à tabac permanent des faibles.
On notera par ailleurs que le zoo n’enregistre plus de naissances de chimpanzés depuis 1992. Quinta n’a fait que passer en 1990. On voit mal en effet comment une maman pourrait élever son petit dans un environnement aussi brutal et confiné.

anvers-chimpanzees-dos-griffe-smallLe dos est lacéré de griffures

anvers-chimpanze-debout-decembre-2013-dominantEt le dominant règne sans partage 

Les griffures, les poils arrachés et les morsures sanglantes dont s’ornent leur nuque attestent de la violence croissante des conflits. Le contraste est frappant d’avec 2011. En deux ans, tous les chimpanzés, à l’exception d’un seul, semblent avoir attrapé la gale. Tous ressemblent désormais à Maaike, la vieille guenon pelée qui a tant vu et tant vécu…

Maaike3Maaike l’ancienne tentant de dormir tranquille

Un déménagement de tous les chimpanzés à Planckendael dans un environnement arboré est donc indispensable, ainsi que davantage d’enrichissement environnemental (Game Boys, Ipads, DVD, revues illustrées, apprentissage de l’AMESLAN, etc.), qui irait au-delà de la recherche de nourriture dans des petits trous…

kanzi-televisionKanzi

Il en va de même pour les gorilles.
Leur habitat s’est un peu agrandi depuis le départ des orang-outans, en 2011.
Mais il s’agit toujours d’une véranda sans air frais ni gazon ni soleil sur la peau, où l’on patauge dans sa propre urine et de pièces en sous-sol. Ces bons géants sont de nature paisible, nous avons là un mâle stérile et son harem, et au moins ne se battent-ils pas ! Leur principale souffrance reste un ennui pesant, l’absence d’accès à la moindre verdure et la pauvreté ahurissante de l’enrichissement environnemental qui leur est accordé. Ici non plus, pas de télévision, pas d’apprentissage de langages signés, pas de jeux vidéos. Rien. Il s’agit que le public ne perde pas de vie qu’il s’agit « d’animaux » et non pas d’hominiens, comme nous.

OLYMPUS DIGITAL CAMERALes journées se passent à ne rien faire .

En 2012, le Zoo d’Anvers annonçait pourtant la création d’un enclos extérieur pour tous ses Grands Singes.
Promesse non tenue : nous voici en 2014 et c’est un espace pour enfants qui a été construit à la place.
Considérés sans doute comme prioritaires, la nouvelle voilière et le nouveau bassin à pingouins figurent au programme des grands travaux de l’année !

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En 2012, un enclos extérieur était promis pour 2013

enclos-futur-des-grands-singes2014A cet endroit, l’espace des grands singes
est devenu une plaine de jeux pour les enfants.
N’est-ce pas pour eux que ce zoo existe ?

anvers-enclos-oiseaux-tiendront-ils-parole

OLYMPUS DIGITAL CAMERAPromesses, promesses ?

Du côté des éléphants, on continue à exposer de jeunes mâles pour rien. Un zoo sans éléphant n’est pas un zoo, tout comme un cirque sans fauves n’est plus un cirque dans l’esprit du grand public.
Rappelons que Budi-Billy, l’ancien copain de Ming Jung est parti en Denver en avion. Il s’est vu remplacé par Kanvar (5 ans). Ces deux éléphanteaux arrachés à leur mère bien trop tôt ne reçoivent d’éducation qu’humaine. Ils seront bientôt séparés à nouveau pour errer de zoo en zoo répandre leur semence jusqu’à ce mort s’ensuive. Chez les éléphants, comme chez les dauphins, les orques ou les humains, les amitiés peuvent durent une vie entière.
Pour l’instant, les bagarres semblent fréquentes, mais il s’agit d’un jeu.

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Enfin, les grands félins posent toujours problème.
Voilà des années que l’on nous promet de la même manière des  enclos plus vastes. Les lions en ont bénéficié – et encore ne peut-on pas parler ici d’un terrain de foot-ball ! – mais ce n’est pas le cas des tigres.

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Quant aux panthères….


La liste est longue encore des détenus de ce zoo qui ne sont pas accueillis dans des conditions adéquates. Terminons pour cette fois avec les okapis. Dans son rapport sur les zoos belges, l’association Born Free rappelait que ces doux herbivores vivent normalement dans les taillis épais de la forêt congolaise.  Il est donc assez surprenant de les voir paître dans une prairie boueuse, exposée au froid piquant de ce dimanche de décembre…

okapi-2014

Nous demandons donc instamment au Zoo d’Anvers de prendre des mesures rapides pour assurer un cadre de vie décent aux grands singes captifs qu’il possède.
Nous lui demandons de se pencher également sur le sort de ses grands félins, dont beaucoup sont encore zoopsychotiques.
Nous demandons enfin aux autorités compétentes d’exiger du Zoo d’Anvers qu’il respecte la loi, comme devraient le faire aussi Pairi Daiza, le Monde Sauvage d’Aywaille et tous ces autres parcs d’attractions aux prétentions conservationnistes qui pullulent dans notre pays en dépit du bon sens.

anvers-girafes-froidDes girafes s’abritant du vent froid.

 Les gorilles du Zoo d’Anvers en 2013

 Les chimpanzés du Zoo d’Anvers en 2011

Les chimpanzés du Zoo d’Anvers et autres captifs en 2012

Ming Jung, Budi, Kanvar : des bébés éléphants au Zoo d’Anvers

Le Rapport Born Free

 DSCN0606Une bonne nouvelle pour les rapaces : on a peint de jolis décors sur leur murs.
Voilà qui va changer leur vie…

Photos et vidéos : YG-Hurricane Warrior. 2014


Code animal : un autre regard sur les zoos

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L’association Code Animal vient de publier «Un autre regard sur les zoos ». Cet ouvrage, remarquablement illustré, s’adresse aux enfants de 10 ans et plus. Un outil indispensable en ces temps où les zoos sont devenues des entreprises, usant du marketing et de la complaisance des média pour bourrer le crâne de son public : les enfants.

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Sans les enfants, en effet, les zoos n’existeraient pas. Ce sont eux le cœur de cible. Il est bien rare de visiter un zoo entre adultes.  Les poussettes y font la loi.

Quand j’avais 7 ans, à la fin des années 50, le Zoo d’Anvers fonctionnait encore à l’ancienne.
On importait à tour de bras de nos colonies d’Afrique (Congo, Rwanda et Burundi) des quantités d’animaux sauvages qui avaient survécu aux chasseurs de trophée. Le lion se trouvait dans une cage circulaire au croisement des allées. Aucune ligne de fuite, aucun espace où se terrer. Il rugissait de peur et les gens s’extasiaient de sa «férocité».  Les éléphants vivaient sur un mouchoir de poche, une minuscule passerelle de pierre dépassant de leur enclos. Et c’était une pitié de voir le gorille solitaire frapper en hurlant la vitre de sa cage, vide et carrelée comme une salle de bain, sous les rires du public.

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Tel était le jardin zoologique en ce temps là, et nul ne parlait encore de conservation ou de bien-être animal.
Les animaux venaient, vivaient, mourraient à un rythme rapide, ils étaient fous à lier, malgré les efforts des gardiens pour leur rendre la vie moins pénible.

Et puis tout bascula. Les zoos avaient trop prélevé, les colons trop tué, les humains trop proliféré : nombre d’espèces sauvages étaient désormais en grave danger d’extinction. Face à l’opposition grandissante d’associations que les premiers écrits de Peter Singer inspiraient, les zoos décidèrent de se refaire d’urgence une beauté pour survivre. Et ils y réussirent en 1987.

De simple jardins de curiosité, ils se présentent aujourd’hui comme les sauveurs de la biodiversité et les bienfaiteurs des espèces menacées. Mais surtout, ces lieux de promenades sont devenus des entreprises, pourvoyeuses d’emplois et de bénéfices, engrangeant parfois des millions. La concurrence est rude. Rien qu’en France, s’affrontent déjà le Zoo de Doué la Fontaine, le Zoo de La Barben, le Zoo de La Flèche, le Zoo de La Palmyre, le Zoo des Sables d´Olonne, le Zoo de la Palmyre, le Parc Zoologique de Mulhouse, la Ménagerie du Jardin des Plantes, le Zoo de Pont-Scorff, Planète Sauvage, le Zoo-Parc de Beauval, l’Espace Zoologique de St-Martin la plaine, la Réserve Africaine de Sigean, le Parc des Oiseaux, le Parc Zoologique de Champrépus, Océanopolis, l’Aquarium du Grand Lyon, l’Aquarium La Rochelle, l’Océanium du Croisic, le Grand Aquarium de Saint-Malo, l’Aquarium de Vannes, le Marineland d´Antibes, et d’autres encore…

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Il s’agit dés lors d’aligner le plus grand nombre d’animaux exotiques possibles et les plus prestigieux, du panda au gorille en passant par la girafe. Il s’agit aussi d’affirmer que les animaux sont heureux puisqu’ils se reproduisent (à ce point même qu’il faut euthanasier les petits ou les expédier à l’autre bout du monde). On rivalise  également en enclos plus vastes et mieux aménagés, propres à satisfaire les « besoins biologiques de l’animal», mais pas de tous, car cela coûte cher.

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C’est ainsi que pour pallier l’irrésistible ascension de son rival wallon, le Parc Pairi Daiza, le Zoo d’Anvers a fait construire à Planckendael un enclos immense pour ses éléphants. Ceux-ci y tournent en rond, sans but et sans un regard pour les « jouets » sensés enrichir leur environnement. Quoiqu’on fasse, un zoo reste une prison, aussi dorée soit-elle.

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Il s’agit enfin de se faire connaître et de surpasser les concurrents par des attractions neuves. Aujourd’hui, le Zoo d’Amnéville prépare ses spectacles de tigres blancs dressés sous chapiteau et concocte un projet de delphinarium géant.
Toujours plus nombreux, toujours plus nouveau, toujours plus excitant, tel est la devise des zoos du XXIème siècle ! Ils inondent l’espace public de leurs publicités et vide le crâne de leurs adeptes avec une efficacité terrifante. Il n’est que de lire pour le comprendre les pages Facebook consternantes du Marineland d’Antibes ou du parc Pairi Daiza, peuplées d’enfants et d’ados incultes, avides de CONSOMMER !

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On comprend dans ce contexte toute l’importance de l’ouvrage «Un autre regard sur les zoos ». Destiné aux enfants de dix ans et plus, ce livre se lit avec vif intérêt même lorsqu’on est adulte. Car il démonte avec émotion les grands mensonges de l’empire des zoos et convainc au fil d’anecdotes, d’informations scientifiques précises et de superbes illustrations.

A cet égard, l’un des plus forts passages se trouve sans doute en page 92. Imaginez, lit-on, un peuple menacé. Les Jarawas, par exemple, une tribu au bord de l’extinction dans les Iles Andaman et menacés entre autres par les «safaris humains».

Si un zoo en prenait soin, il garderait quelques individus dans un enclos en béton agrémenté de décors peints paradisiaques, cocotiers, bord de mer. Devant l’enclos, un panneau pour le public sur lequel il serait dessiné une petite carte avec écrit en gras «Jarawa, peuple en danger».

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Et puis ? Je vous laisse découvrir la suite de cette histoire savoureuse, mais qui n’est que trop vraie. Et je vous engage aussi à offrir ce livre à vos enfants à l’occasion des prochaines fêtes ! Car c’est la génération qui nous suit qui décidera si oui ou non l’humanité continuera à enfermer des innocents au seul nom du profit.

cover-un-autre-regard-sur-les-zoosUN AUTRE REGARD SUR LES ZOOS
Un livre écrit sous la direction de Franck schrafstetter, président de Code Animal

Juste un regret : On ne  parle pas ici de dauphins ni d’orques. Bien que les delphinariums soient des cirques aquatiques, la loi européenne les classe dans la catégorie « zoos » et leur impose les même contraintes : conservation, recherches, éducation, encore plus mal respectées, si c’est possible. La situation très particulière des grands mammifères marins traités comme des poissons rouges dans des piscines d’eau chlorée vaut cependant à elle seule la rédaction d’un nouvel ouvrage !

orque-marineland-antibesUn dessin de Bebb

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