Free our last 6 dolphins in Belgium.

Témoignage / witness

Plongée dans la conscience d’une orque

killerwhale-orca-seaworld-tilikum-animalrights-captivity-dawnbrancheau-blackfish-deathatseaworldInside the mind of a killer whale
Une interview du Dr Lori Marino par Aviva Hope Rutkin (2013)


Il y a deux semaines, j’ai vu Blackfish, le documentaire fascinant sur les orques en captivité.  J’ai beaucoup apprécié le film mais un tas de questions me trottaient en tête. Des questions de neurosciences. Qu’est-ce qui différencie les orques des autres animaux, par exemple ? Comment les cétacés perçoivent-ils les humains ? Que voulaient dire les réalisateurs du film quand ils parlaient de l’intensité des émotions de ces mammifères marins ? A quel niveau d’intelligence ces animaux se situent-ils vraiment ? Et donc, j’ai appelé le Dr Lori Marino, spécialiste en neurosciences qui apparaît dans Blackfish et je lui a demandé de satisfaire ma curiosité.

Q- Vous êtes professeur en «neurosciences des cétacés» à l’Université d’Emory et vous travaillez dans ce domaine depuis plus de 20 ans. Qu’est-ce qui vous a attiré dans cette discipline ?

R- Pendant mes études supérieures, tout le monde avait choisi les primates. Je voulais étudier un autre animal – un groupe d’espèces comparables en intelligence mais à propos desquelles nous ne savions presque rien. Je me suis donc tourné vers les  dauphins et les baleines. Quand j’ai vu pour la première fois la photo d’un cerveau de dauphin dans un livre, je suis devenue accro. J’ai pensé: «Wow. Ca, c’est vraiment quelque chose !». Nous savions si peu de choses sur le cerveau d’un dauphin ou une baleine, il y a 25 ans. J’ai donc pris cela comme une opportunité.

Q – Il semble que ce soit plus difficile d’étudier un cerveau de baleine que, par exemple, un cerveau de rat ou de singe. L’étude d’un aussi grand animal pose-t-elle des défis particuliers ?

R- Oui, c’est plus difficile, parce que le cerveau lui-même est tellement différent de celui de tout autre mammifère. Cela fait partie des choses qui m’ont attiré vers ce champ de recherches : l’énorme taille de cet encéphale ! Mais aussi le fait qu’il était construit de manière différente des autres cerveaux mammaliens.

L’autre difficulté liée à l’énorme taille de ce cerveau est que vous ne pouvez pas utiliser facilement les mêmes techniques que pour des cerveaux plus petits. Cet encéphale est beaucoup plus grand que le plus grand cerveau de primate non-humain. Et le cerveau d’un dauphin est même plus grand que celui d’un humain. C’est très difficile à étudier.

Mais dès lors que nous avons pu utiliser des techniques telles que l’imagerie par résonance magnétique, les choses ont vraiment décollé. Nous pouvions prendre le cerveau, le mettre dans un scanner, obtenir des images numériques en 3D et faire ce que nous aurions normalement pu faire avec n’importe quel autre cerveau en le disséquant. L’imagerie magnétique nous a vraiment ouvert un vaste champ des recherches.

orca-brainLe cerveau d’une orque et la zone paralimbique

Q – Quels sont les caractéristiques qui font que le cerveau des épaulards est si différent de celui des humains ? Dans Blackfish, vous et les autres scientifiques, vous déclarez qu’une zone particulière de leur cerveau s’est agrandie.

R- En fait, si vous regardez le système limbique – la zone de traitement de l’émotion dans tous les cerveaux de mammifères – vous découvrez quelque chose de vraiment intéressant. Certaines parties du système limbique se sont modifiées chez les dauphins et les baleines et se sont réduites. Mais d’autres zones adjacentes sont au contraire devenues beaucoup plus grandes et plus élaborées que dans le cerveau humain. Cette aire du cerveau est appelée la “région paralimbique”.

Les cétacés disposent donc d’une sorte de lobe supplémentaire à côté de leur système limbique et de leur néocortex. Et bien sûr, vous pouvez tirer des déductions de ce fait. Ce lobe paralimbique a quelque chose à voir avec le traitement des émotions mais il est également lié au traitement de la pensée.

Il est très fortement développé chez la plupart des cétacés, mais beaucoup moins chez les humains et pas du tout chez d’autres mammifères. Cela suggère qu’il y a quelque chose qui a évolué ou qui s’est adapté dans ce cerveau au fil du temps, alors que cela ne s’est pas produit pour les autres mammifères, y compris les humains.

Q- Dans le film, on  dit qu’un tel développement pourrait indiquer l’existence d’une gamme d’émotions surpassant celles de l’homme.

R- Oui. Je pense qu’il est difficile de dire qu’il surpasse…. Si vous regardez, par exemple, le cerveau d’un orque et celui d’un être humain, il serait difficile d’affirmer que le cerveau humain est capable de la profondeur émotionnelle du cerveau de l’orque, parce que – encore une fois – ce que vous voyez dans le cerveau de l’orque est une élaboration sur la zone limbique que le cerveau humain ne possède pas.

Donc, si cette partie du cerveau d’orque fait ce qu’elle est sensée faire, comme elle le fait chez tous les mammifères – à savoir, traiter les émotions – cela suggère que ces animaux traitent leurs émotions de façon très sophistiquée. Je pense aussi que lorsque vous regardez le comportement des dauphins et des baleines, en particulier dans la nature, vous observez un niveau de cohésion sociale absolument sans équivalent chez d’autres mammifères, y compris les humains.

orca-pod-johnstone-strait-canada-flip-nicklinPod au Canada

Q- Justement, je voulais vous poser la question. On dit aussi dans Blackfish que les orques pourraient avoir un sens du Soi « partagé ».

C’est une idée très intéressante qui tourne en effet depuis un moment, mais cela risque d’être très difficile à tester.
Quand vous regardez la façon dont ils communiquent les uns avec les autres, la manière dont ils se déplacent les uns par rapport aux autres et comment s’organise leur vie sociale, vous comprenez que le fait d’être une orque ou un dauphin – ou n’importe quel autre de ces cétacés très sociaux – pourrait en fait être quelque chose d’un peu différent que d’être juste un individu. Il suffit de voir comment ils communiquent entre eux quand ils voyagent et comment ils réagissent quand l’un des leurs est détenu, blessé ou attaqué.

C’est vraiment intéressant. On a beaucoup discuté à propos des raisons pour lesquelles ils s’échouent parfois en masse ou sur le fait qu’ils pouvaient êter capturés tous ensemble en même temps. À Taiji, au Japon, quand les pêcheurs les  massacrent, pourquoi certains dauphins ne s’échappent-ils pas du filet ? Il leur suffirait de sauter !

Lors d’un échouage de masse, un groupe de cétacés sort de l’eau, se jette sur la plage, et finit généralement par mourir.
Un échouage peut impliquer des centaines d’animaux à la fois, tous vivants, souvent en bonne santé mais manifestement en détresse. Les scientifiques ne s’accordent pas sur les causes de ces échouages.

Ce phénomène peut être lié au sens du soi chez les cétacés, où l’individu est intimement relié à son groupe social. S’en déconnecter n’est pas envisageable dans le cadre de leur psychologie, comme des humains pourraient le faire en pareille circonstance. Bon, il ne s’agit à ce stade que d’une hypothèse mais qui répond bien à certains comportements difficilement explicables.

Quand un animal est malade et se dirige vers la rive, pourquoi l’ensemble du groupe le suit-il ? Prenons aussi le cas de certaines orques mâles. Si leur mère meurt, ils meurent aussi. Ils arrêtent de manger et s’enfoncent dans une sorte de dépression clinique dont ils finissent par mourir. Pas tous, mais certains d’entre eux. Nous avons observé cela. Qu’est-ce que cela signifie ? De quel type de cohésion sociale disposent-ils donc ?

taiji-oceanwatch-mother-child-2-9-2013Taiji : mère et enfant

Q-Y a-t-il d’autres mammifères susceptibles de vivre dans ce type d’environnement social?

R- Les ongulés sont des animaux à sabots. Par exemple, les chevaux, les cerfs, les chameaux, les rhinocéros, les porcs, les hippopotames et les girafes sont tous des ongulés. Vous savez, c’est très intéressant, parce que vous devez vous souvenir d’où les cétacés sont venus. Ce sont des ongulés, eux aussi ou plutôt, il le furent dans un lointain passé. Leurs parents les plus proches sont des animaux à sabots qui vivent en troupeaux. Donc, quand vous regardez les cétacés, vous voyez que le  troupeau est toujours là. Mais ils semblent l’avoir élevé à un autre niveau.

Si vous regardez les animaux terrestres qui vivent en troupeau … Il n’est pas évident que le sentiment de soi «diffus» existe chez eux comme chez les dauphins ou les baleines. Les cétacés se soutiennent mutuellement. Ils ne s’échappent pas même quand ils peuvent le faire. Et leur comportement est lié plus étroitement au groupe que chez les autres ongulés ou d’autres animaux vivant en troupeau. D’une certaine manière, nous pensons que leur comportement grégaire s’est  intensifié, mais comment et pourquoi cela s’est passé, nous ne le comprenons pas exactement. C’est un peu comme s’il s’agissait de “super-troupeaux” !

Wild_HorsesUn troupeau

Q- Peut-être n’est-ce pas la bonne façon de formuler cette question, mais je  la pose  : jusqu’à quel point les orques sont-elles intelligentes ?

L’encéphalisation est une technique utilisée pour décrire le cerveau. Les scientifiques attribuent aux animaux un quotient d’encéphalisation en mesurant la taille de leur cerveau, puis en la comparant avec celle de leur corps. Un haut quotient encéphalique signifie que le cerveau d’un animal est proportionnellement plus grand que la taille de son corps ne le laisserait prévoir. Les êtres humains possèdent le quotient d’encéphalisation le plus élevé de toutes les espèces. Certains scientifiques estiment que le critère d’encéphalisation peut être utilisée pour mesurer l’intelligence d’un animal.

C’est une question difficile mais importante et fondée. Vous savez, pendant très longtemps, j’ai essayé de comprendre l’intelligence des orques en comparant leur niveau d’ encéphalisation par rapport à celui d’autres animaux, en particulier les humains et les grands singes. Si vous utilisez cela comme une échelle d’inférence – ou si vous ne tenez compte que des données physiques – les humains se placent toujours au niveau le plus élevé. Juste derrière lui arrivent plusieurs espèces de cétacés, puis les grands singes, les éléphants, et un certain nombre d’autres espèces.

Donc, si vous envisagez la question de l’intelligence en tenant compte de ce quotient encéphalique, ou en étudiant la façon dont le cerveau est élaboré, les cétacés semblent remporter un beau score.

Mais si vous observez leur comportement, cela devient une évidence. Lors d’études antérieures, on a pu faire la preuve de leurs capacités à comprendre le langage symbolique, à posséder une mémoire ou à résoudre des problèmes. Diana Reiss et moi-même avons démontré que les grands dauphins se reconnaissent dans un miroir. Ils possèdent toutes ces capacités, qui sont assez rares dans le règne animal.

Mieux encore, quand vous travaillez sur terrain, vous constatez que les cétacés disposent de cultures, qu’ils font usage d’outils et que leurs réseaux sociaux sont extrêmement sophistiqués. Toutes ces données tendent à prouver qu’il s’agit là d’un animal très intelligent.

dolphin-mirrorLe test du miroir

Q- Excusez-moi : vous parlez bien d’outils ?

Mais oui ! Les cétacés se servent d’outils. Il y a toutes sortes de choses qu’ils font.
Les dauphins, par exemple. Il existe une population au large de la côte australienne qui se sert d’outils. Je ne dirais pas qu’il s’agit de fabrication, juste d’une utilisation, puisqu’il s’agit d’éponges.

Ils vont les chercher sur le fond et les placent sur ??leur rostre. De cette façon, ils peuvent fouiller le sable pour trouver des poissons, sans que leur rostre ne soit griffé. Nous savons que cette technique est transmise culturellement, puisque nous connaissons les individus qui l’ont découverte et ceux auxquels ils l’ont enseigné. La coutume passe de mère à filles, à la fois latéralement et verticalement. Donc, nous avons aujourd’hui un groupe de dauphins porteurs d’éponges, qui se caractérise par cette tradition.

Les baleines à bosse utilisent également des « filets de bulles » pour attraper leur proie. Ce n’est pas génétique. Ce n’est pas quelque chose d’inhérent ou d’acquis et ce n’est pas quelque chose que tous les individus d’un groupe feront nécessairement. Cet usage semble avoir été transmis seulement à certaines personnes, en particulier des femmes. Les femelles adultes ont tendance à être celles qui  innovent. Il en va de même chez primates.

Et nous savons maintenant – ce qui est vraiment intéressant – que les dauphins porteurs d’éponges ont tendance à fréquenter davantage d’autres dauphins à éponges ! C’est ce qu’on appelle l’Eponge Club. Nous voyons là en quelque sorte le début d’une ségrégation sociale fondée sur un comportement transmis et crée par un individu femelle.

Dauphin-eponge_Eric-PattersonL’usage d’outil chez le dauphin

Q- «Blackfish» nous montre également le lien étroit qui existe entre les dresseurs et les cétacés avec lesquels ils travaillent. Comment les orques que nous voyons  dans le film nous perçoivent-elles ?

R- Vous savez, c’est un sujet à propos duquel les dresseurs eux-mêmes ont beaucoup à dire. J’ai travaillé avec des dauphins captifs et votre question nous vient évidement à l’esprit dès qu’on est en face d’eux. Comment nous perçoivent-ils ? Des gens pensent qu’il existe une vraie relation intime entre les cétacés et leurs dresseurs. D’autres diront que c’est une relation contrainte. Je veux dire par là que vous êtes celui qui donne des récompenses ou celui qui punit. Il y a beaucoup d’injustice évidente dans cette relation… En fait, personne ne sait vraiment.

Je pense que les incidents tragiques décrits par Blackfish nous disent que ces relations ne peuvent pas être ce que vous pensez qu’elles sont. Dans le film, l’un des dresseurs déclare : «Vous savez, je veux croire que ça va plus loin que le simple fait de les nourrir ».  Je ne pense pas que quiconque sait vraiment. …

Quand vous songez à la psychologie du dresseur et de son captif, ce n’est pas une relation saine, clairement. D’un côté vous avez quelqu’un qui a un contrôle complet de la situation. De l’autre, quelqu’un qui n’en a aucun. Donc, oui, dans la mesure où un prisonnier peut avoir, comme on le sait, une relation étroite avec son ravisseur un capteur, cette relation existe sans doute mais je ne suis pas sûr quelle soit très saine.

tilikum-brancheauTilikum et Dawn Brancheau

Q- « Blackfish »souligne le fait que la détention des orques à Seaworld est inhumaine et psychologiquement dommageable pour ces animaux. Que pensez-vous qu’il faudrait faire des orques actuellement captives ?

Je pense que cela dépend de l’individu. Il y en a beaucoup parmi eux qui pourraient être de bons candidats à la réhabilitation et à la liberté. Il y en a d’autres qui ne le sont pas. Le gros problème pour le moment, c’est que n’avons pas de sanctuaires pour les dauphins et les baleines, comme nous en avons pour les éléphants, les chimpanzés et d’autres animaux.
Donc les cétacés captifs n’ont nulle part où aller, sauf dans l’océan, à moins que nous ne trouvions un moyen de les garder dans un lieu aussi proche que possible du milieu naturel. Bien entendu, sans qu’ils doivent faire des tours de cirque ou rester dans une petite piscine.

C’est quelque chose qu’il est vraiment important de développer: des sanctuaires pour les cétacés captifs, afin qu’ils puissent disposer de ce choix. Mais je pense que certains d’entre sont libérables au terme d’une réadaptation. Nous avons eu récemment 3 grands dauphins qui ont été réhabilités puis libérés d’un aquarium coréen. Ils sont maintenant de retour dans leur famille. Tout dépend de combien de temps ils sont restés en captivité, s’ils y sont nés, ce genre de choses. Quand vous enlevez un animal telle qu’une orque à sa mère et à sa famille, alors qu’il n’a que deux ans, vous faites des dégâts. La question est juste de savoir comment ce préjudice psychologique s’exprimera par la suite.

seoul-rehables 3 dauphins de Séoul ont chosi la liberté

Une interview du Dr Lori Marino par Aviva Hope Rutkin (2013).
Aviva est une journaliste scientifique qui travaille à Boston. Elle publie couramment des articles pour la MIT Technology Review. Follow her @realavivahr.

Si vous voulez en savoir plus, écoutez cet exposé de Lori Marino au sein de son université à propos de «Blackfish».

« Les orques ne sont pas plus intelligentes que mon chien».
Brad Andrews, Chief Zoological Officer SeaWorld

A propos de la pensée dauphin, lire aussi :

« Mais qu’en est-il finalement de ce moi central au cœur de ce monde circulaire sans relief , sans couleurs constitué de pixels sonores ? C’est là que les difficultés deviennent insurmontables tant qu’un « contact » n’aura pas été vraiment établi par le dialogue car le « soi » lui-même, le « centre de la personne » est sans doute construit de façon profondément différente chez l’homme et chez le dauphin.

H.Jerison parle carrément d’une « conscience collective ». Les mouvements de groupe parfaitement coordonnés et quasi-simultanés, à l’image des bancs de poissons ou des troupeaux de gnous, que l’on observe régulièrement chez eux, suppose à l’évidence une pensée « homogène » au groupe, brusquement transformé en une « personne plurielle ».

On peut imaginer ce sentiment lors d’un concert de rock ou d’une manifestation, lorsqu’une foule entière se tend vers un même but mais ces attitudes-là sont grossières, globales, peu nuancées.

Toute autre est la mise à l’unisson de deux, trois, cinq (les  » gangs  » de juvéniles mâles associés pour la vie) ou même de plusieurs centaines de dauphins ensemble (de formidables « lignes de front » pour la pêche, qui s’étendent sur des kilomètres) et là, bien sûr, nous avons un comportement qui traduit un contenu mental totalement inconnu de nous.

On sait que lorsqu’un dauphin voit, tout le monde l’entend. En d’autres termes chaque fois qu’un membre du groupe focalise son faisceau de clicks sur une cible quelconque, l’écho lui revient mais également à tous ceux qui l’entourent.

Imaginons que de la même manière, vous regardiez un beau paysage. La personne qui vous tournerait le dos et se tiendrait à l’arrière derrière vous pourrait le percevoir alors aussi bien que vous le faites. Cette vision commune, qui peut faire croire à de la télépathie, n’est pas sans conséquence sur le contenu mental de chaque dauphin du groupe, capable de fusionner son esprit à ceux des autres quand la nécessité s’en fait sentir. Ceci explique sans doute la formidable capacité d’empathie des dauphins mais aussi leur fidélité « jusqu’à la mort » quand il s’agit de suivre un compagnon qui s’échoue. Chez eux, on ne se sépare pas plus d’un ami en détresse qu’on ne se coupe le bras quand il est coincé dans une portière de métro !

En d’autres circonstances, bien sûr, le dauphin voyage seul et il « rassemble » alors sa conscience en un soi individualisé, qui porte un nom, fait des choix et s’intègre dans une lignée.

Il en serait de même pour l’homme si les mots pouvaient faire surgir directement les images qu’ils désignent dans notre cerveau, sans passer par le filtre d’une symbolisation intermédiaire. Si quelqu’un me raconte sa journée, je dois d’abord déchiffrer ses mots, les traduire en image et ensuite me les « représenter ». Notre système visuel étant indépendant de notre système auditif, un processus de transformation préalable est nécessaire à la prise de conscience du message. Au contraire, chez le dauphin, le système auditif est à la fois un moyen de communication et un moyen de cognition « constructiviste » (analyse sensorielle de l’environnement).  La symbolisation n’est donc pas nécessaire aux transferts d’images, ce qui n’empêche nullement qu’elle puisse exister au niveau des concepts abstraits. Quant à cette conscience fusion-fission, cet « ego fluctuant à géométrie variable », ils préparent tout naturellement le dauphin à s’ouvrir à d’autres consciences que la sienne.
D’où sans doute, son besoin de nous sonder, de nous comprendre et de nous « faire » comprendre. Un dauphin aime partager son cerveau avec d’autres, tandis que l’homme vit le plus souvent enfermé dans son crâne. Ces êtres-là ont décidemment beaucoup à nous apprendre…. »
Moi Dauphin

conscience-keiko-bassin

La nature des dauphins

Pourquoi défendre les dauphins ?

La science qui détruit

Les dauphins trop intelligents pour être captifs ?

Le dauphin est une personne

Défendre les dauphins !

Le langage des dauphins

L’intelligence des dauphins

Ethologie et intelligence des dauphins

Conscience dauphin


« Voices of the orcas » : la face obscure de SeaWorld

SeaWorld DeathTillikum seul

«Voices of the orcas » est un site émouvant.
Son équipe rédactionnelle est composée d’anciens dresseurs employés par SeaWorld dont la plupart ont travaillé avec Tilikum.
C’est à l’occasion du tournage de «Blackfish»  que leur témoignage a été sollicité. Et ce n’est la moindres des scènes frappantes  de ce film que des le voir, ensemble, naviguant dans les eaux de Puget Sound où tant d’orques furent capturés ou moururent, dont la petite Lolita solitaire au Miami Seaquarium.

Tous ont les larmes aux yeux quand ils regardent ces bons géants vivre en famille, chassant, plongeant, voyageant dans leur propre pays, la mer. Tous attestent que jamais à SeaWolrd , on ne leur avait parlé de cela mais qu’au contraire, on les obligeait à mentir, en déclarant par exemple que les orques vivaient plus longtemps en captivité qu’en milieu naturel.

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Parmi eux, Samantha Berg.
Samantha sera à Bruxelles fin octobre. Elle nous racontera comment elle fut engagée à 22 ans sur base de tests essentiellement physiques, (endurance et sex-appeal), plutôt que sur sa connaissance des mammifères marins. Comme Ric O’Barry, elle nous décrira cette ivresse de la scène : nager avec des cétacés amène sur vous la notoriété, l’envie et même parfois un peu d’argent.
Mais aussi cet amour sincère des dauphins, souvent acquis depuis l’enfance, qui pousse à vouloir se trouver près d’eux.

Elle nous dira enfin comment, suite aux insinuations visant à mettre en cause la compétence de Dawn Brancheau, l’ultime victime de Tilly, elle découvrit qu’elle ne savait rien du passé criminel de l’orque ni des nombreux accidents survenus lorsque la captivité fait péter les plombs aux cétacés.

blackfish-samantha

Car le décor fastueux de Sea World, l’image sympathique d’une institution tout au service des loisirs, de l’éducation, de la protection et de la recherche, cache une tout autre réalité. Il ne s’agit là que d’une formidable entreprise commerciale cotée en bourse, imposant une vie réduite et déprimante aux esclaves qu’elle enferme.

tilikum-sealand-of-pacificTilly vient d’arriver d’Islande, encore couvert de la pommade
destinée à empêcher le désséchement de sa peau.

Tilikum en est l’exemple même.
Capturé à l’âge de 2 ans au large de l’Islande, son parcours fut celui d’un orphelin solitaire, humilié puis rebelle. Après avoir réduit en morceaux le corps de Dawn Brancheau, il est devenue désormais une sorte de zombie, semblable aux protagonistes du «Vol au-dessus d’un nid de coucou». Ses shows se réduisent à l’extrême et pour le reste, on le masturbe pour recueillir son sperme, revendu à prix d’or.

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Le site « Voice of the Orcas » témoigne de cette cruauté.
Il fournit des textes et des vidéos inédites et réclame que l’on fournisse aux 42 orques actuellement prisonnières dans le monde, une baie fermée en eaux froides, où elle pourront finir leurs jours dans la paix et la dignité.

Samantha Berg sera à Bruxelles à partir du 26 octobre 2013 et participera aux premières de la projection du film « Blackfish » en Belgique et dans plusieurs pays d’Europe.

tilikumspartacus

http://blackfish-film.nl/ (Version française imminente)
http://blackfishmovie.com/
https://sites.google.com/site/voiceoftheorcas/home
http://voiceoftheorcas.blogspot.be/

Lire aussi en français :

Tilikum, Spartacus parmi les orques

Kasatka, dont on prit l’enfant

Blackfish en Europe


Tilikum refuse de faire le clown


L’histoire de Mavis et Howard au West Edmonton Hall

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Qui se souvient de Howard et Mavis ?
Qui se souvient de Gary et Mary ? Personne. Les dauphins captifs meurent dans l’oubli. On efface leur image des mémoires après leur décès sur les sites officiels des prisons aquatiques. On nettoie Google. Et nul ne sait non plus où l’on peut trouver leur tombe.
C’est le genre d’histoires que l’Industrie déteste entendre…

1. QUATRE DAUPHINS DANS UN CENTRE COMMERCIAL

« Découvrez l’une des villes les plus populaires du Canada et la région de la capitale de l’Alberta. Edmonton associe l’élégance raffinée d’une grande métropole moderne et le caractère convivial de l’hospitalité traditionnelle de l’Ouest. Edmonton est la porte d’accès au grand nord canadien, une région de montagnes majestueuses, de lacs scintillants, de rivières riches en histoire, et d’aventures dans les neiges ».

La vaste galerie marchande du West Edmonton Mall en constitue certainement le fleuron :
« Il vous faudra plus d’une journée pour découvrir les innombrables attractions du West Edmonton Mall, le plus grand centre commercial et de loisirs au monde ! Il abrite notamment 800 magasins et services, le World Waterpark, un parc à thème aquatique, le parc de loisirs de Galaxyland, la patinoire d’Ice Palace, le Deep Sea Adventure, les Sea Life Caverns, et la caravelle Santa Maria. Vous pourrez aussi profiter du parcours de minigolf du Professeur Wem, du casino, du centre thermal, travailler votre drive de golf sur le toit, faire du saut à l’élastique, choisir parmi 26 cinémas, et tant d’autres choses ! »

Comme par exemple, le tout petit « lagon des dauphins»

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En mai 1985, 4 jeunes dauphins Tursiops nageaient librement au large de Charlotte Harbour, en Floride. Ce n’étaient encore que des enfants, âgés de deux à quatre ans.
Sur commande de la famille Ghremezian, propriétaire du West Edmonton Mall, ils furent capturés par l’un des plus célèbres « chasseurs de dauphins  » au monde, Jay Sweeney, qui s’illustra aussi en attrapant des orques à la dynamite.
Fondateur de la chaîne commerciale Dolphin Quest, Sweeney reçut en 2005 un prix prestigieux de la part de l’IMATA, l’association internationale des dresseurs de dauphins.

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3 autres dauphins se noyèrent au moment de l’opération. Les 4 survivants furent aussitôt amenés à l’intérieur du Mall, où on les baptisa Gary, Howard, Mavis et Marie. En mai 2001, Gary, âgé de 20 ans à peine, mourut au terme de 16 ans de captivité dans un hall bruyant, sans soleil et mal ventilé.

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La petite delphine Marie le suivit de peu, qui décéda vers 19 ans au mois d’août 2001. L’autopsie révéla que cette mort était due à l’ingestion de pièces de monnaie ou d’objets incongrus que les visiteurs jetaient dans son bassin et que la delphine avalait par ennui. Le métal lui empoisonna le sang.
Il ne resta plus dans le bassin que Mavis et Howard.

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2. MAVIS

Le cadavre d’un delphineau mort-né flottait dans le bassin du delphinarium d’Edmonton Mall ce vendredi 12 juillet 2002, pendant que sa mère, doucement, le poussait du rostre en tentant désespérément de le ramener à la vie.
Les clients du Mall, qui se mettaient à l’abri de la chaleur caniculaire, ont été très surpris de se retrouver tête-à-tête avec ce spectacle dramatique, qui suscitaient mille questions de la part de leurs enfants :

–  » Pourquoi le petit dauphin, il ne bouge plus ? Il va se réveiller ?  » demandait un garçonnet à son père, puis avec des larmes plein la voix, l’enfant insistait encore :  » Il a faim ? Il est mort de faim ? »

Le bébé dauphin était né la veille.
Sa mère, la delphine Mavis, est l’un des deux derniers dauphins Tursiops de l’Atlantique que possède encore l’Edmonton Mall. Son enfant est mort juste après la naissance et une autopsie a été décidée pour découvrir les causes de ce décès. En attendant, les dresseurs ont choisi de laisser le bébé mort dans la piscine avec ses parents, Mavis et Howard. Leur intention était de permettre aux deux dauphins adultes de faire le deuil de leur enfant.

« Ce n’était d’ailleurs pas sans risque de descendre dans la piscine juste après le décès » a déclaré le porte parole du delphinarium, M. Travis Reynolds « Mavis devait d’abord accepter l’évidence ».  

Selon ce même porte-parole, Mavis aurait vécu une grossesse de douze mois tout à fait normale et sans complications.
Aujourd’hui, elle fait l’objet d’une surveillance constante pour s’assurer que son état de santé est bon et qu’elle retrouve sa force et son énergie. « Nous attendions beaucoup de cette naissance et c’est un drame pour tout le monde » 

Tove Reece, le président d’une association en faveur des animaux basée à Edmonton Voice for Animals n’est évidemment pas de cet avis : il voit dans le décès du bébé de Mavis une nouvelle preuve que la place des dauphins n’est pas dans un centre commercial mais plutôt dans la mer !

 « C’est le troisième enfant de Mavis, rappelle-t-il, et les deux précédents sont morts de la même manière. Sans aucun doute, la captivité raccourcit la durée de vie des dauphins adultes mais ce n’est pas non plus le bon endroit pour donner naissance à un delphineau ! Je ne sais pas pourquoi ce bébé est mort, mais il semble qu’il s’agisse là d’un phénomène réitérant. Très clairement, il y a là un problème : les dauphins n’ont pas à être maintenus dans des espaces bétonnés aussi minuscules « 

La SPA d’Edmonton a reçu de nombreux appels de la part de citoyens offusqués par cette situation.

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Melissa Boisvert, porte-parole de l’agence de protection des animaux locale, a déclaré que la décision de laisser le cadavre de l’enfant flotter dans le bassin était juste et fondée.  « Nous croyons que les parents ont fait ce qu’ils ont pu.. et qu’ils ont besoin maintenant de faire leur deuil de ce décès ».

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Une mère porte le deuil de son enfant en mer

Une équipe dépêchée par la SPA à l’Edmonton Mall avait mené une inspection de routine quelques jours auparavant et déterminé que les dimensions du bassin étaient conformes aux normes minimales et que les parents ne manifestaient aucun signe d’abus ou de négligence.

Vendredi après-midi, Mavis a continué à pousser le corps de son bébé mort d’un coin à l’autre du bassin, l’emmenant parfois vers le fond puis le ramenant à la surface. Elle laissait flotter le corps un instant puis revenait vers lui et le poussait encore.
Accroupi sur le bord du bassin, un dresseur observait attentivement la scène.
De son côté, une cliente du nom de Rayline Ziegler a essayé d’expliquer cette mort à sa petite fille de trois ans, Victoria.
« Elle pense le bébé est juste en train de nager «  nous explique-telle, alors qu’elle est elle-même enceinte et prête à accoucher.

Un garçonnet de sept ans, Ben Kurtz, visitait le Mall avec sa famille venue de Beeton, Ontario. Il a regardé le delphineau mort durant quelques minutes mais n’a pas su que dire ensuite.  « Il pourrait être mort, mais je pense vraiment qu’il est simplement malade » a-t-il déclaré.
Sa mère Carolyn ne savait comment expliquer à son fils et à sa petite fille Larissa, âgée de quatre ans, que le bébé dauphin était bel et bien mort.

« Je leur ai dit que je n’étais pas sûr s’il était vivant ou mort, parce que je n’ai pas vraiment envie de leur expliquer de quoi il s’agit ».
Cette dame a cependant jugé que ce genre d’incident renforçait son malaise par rapport à la captivité des dauphins.
« Cet aquarium est très petit. Ce n’est pas vraiment l’endroit où des dauphins sont censés se trouver. Si cette mère dauphin avait reçu l’aide dont elle avait besoin en pleine mer, je doute fort que cette mort se serait produite. » 

Dave Crowe, un client venu de Fort Saskatchewan, affirme pour sa part qu’il aurait préféré que le Mall enlève le cadavre du delphineau.

« Regardez tous ces gosses qui demandent : pourquoi on ne le réveille pas, le bébé dauphin ? On devrait l’emmener loin d’ici, ces enfants ne doivent pas subir un tel spectacle ! ».

Un autre client, Bruce Macovichuk, n’est pas de cet avis. Il estime que c’est une bonne chose d’avoir laissé ce bébé mort avec ses parents. Les responsables du Mall sont sans doute attristés par cette affaire, mais c’était un bonne décision. Le seul problème, c’est que beaucoup de gens vont critiquer les delphinariums à cause de cet incident !

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Le décès de ce jeudi était le cinquième de l’histoire du Mall.

Trois delphineaux sont morts peu de temps après à la naissance en 1992, 1993 et 1996. Un autre est mort né en 1996. Trois ont été portés par Mavis, deux par Maria, qui est morte en 2000 à l’âge de 19 ans. Un autre dauphin adulte, Gary, mort à l’âge de 20 ans en 2001. En liberté, un dauphin vit de 40 à 60 ans.

Quelques jours plus tard, un nouveau témoignage nous est parvenu à propos de ce décès : selon certains témoins, c’est Mavis elle-même qui aurait noyé son propre enfant dès la naissance. Mavis aurait frappé à plusieurs reprises son nouveau né dès sa naissance et l’aurait entraîné dans le fond du bassin jusqu’à ce qu’il meure.

Ce comportement, rappelle Ric O’Barry, est fréquent chez les delphines captives mais largement censuré. Il cite notamment le cas de Sally au Waragamba Dam, en Australie, qui a noyé de cette manière pas moins de quatre de ses enfants.

L’explication ? Sans doute, la delphine ne voulait-elle pas que son bébé vive en captivité le restant de ses jours. Comme le suicide, attesté en bassin, l’infanticide semble répondre à une préoccupation majeure de la maman dauphin, qui sait dans quel enfer son enfant va devoir naître.
La dépression nerveuse peut se montrer aussi dévastatrice chez un humain que chez un dauphin.

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Mavis est morte.
Mavis, la petite femelle Tursiops détenue au West Edmonton Mall depuis 1985, est morte à l’âge de 23 ans, ce mercredi 23 juillet 2003.
Selon la presse, le deuil prolongé que Mavis a du subir suite à la perte de son dernier enfant semble avoir provoqué sa mort. « Nous avons procédé à un examen post mortem et nous n’avons pu trouver aucune raison médicale valable pour expliquer son décès » a déclaré le Dr. Carol Shwetz, qui veille depuis huit ans sur la santé des quatre dauphins détenus au WEM.

Le Dr Shwetz a précisé que la delphine Mavis refusait de manger depuis un certain temps, pour des raisons non expliquées.
« Peut-être était-ce pour elle le moment de mourir. Personne ne sait combien de temps les dauphins vivent en liberté« .

Cette petite femelle dominante, connue par ses dresseurs pour son caractère pétillant et son souci de plaire avait commencé à refuser de manger de façon sporadique, juste après la mort de son dernier delphineau, en juillet dernier.
Des centaines de clients du Mall avait pu la voir pousser doucement le cadavre de son enfant qui flottait dans le bassin.
« Puis elle a recommencé à manger un peu mais plus jamais, je ne l’ai vue joyeuse comme elle pouvait l’être durant les précédentes années ».
Le directeur général, Gary Hanson, a déclaré qu’il ne savait pas encore ce qu’on allait faire de ce pauvre Howard.

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Le show du Mall constitue depuis longtemps une attraction importante pour la région, visitée chaque année par des milliers de gens, au nombre desquels 4.000 enfants venus de 200 groupes scolaires. Le docteur Shwetz, pour sa part, a indiqué qu’elle espérait qu’un « délai de grâce » d’au moins 30 à 45 jours lui soit accordé avant qu’une décision soit prise.
« Un dauphin solitaire est certainement en difficulté  » a-t-elle reconnu, « Mais nous pouvons envisager de lui adjoindre d’autres dauphins, ou à tout le moins des compagnons telle qu’une tortue marine ou un pingouin. Bien entendu, nous allons essayer d’envoyer Howard quelque part où il pourra se trouver en compagnie d’autres dauphins. Ceci demande pas mal de recherches et de réflexions avant que de prendre une décision ».

En attendant, Howard semble plutôt bien faire face à sa solitude jusqu’ici, a conclu le Docteur Shwetz.
« Il nage avec les entraîneurs, interagit avec eux car il ne faut pas oublier que pour lui, ces gens font partie de sa propre famille. Il n’est donc pas tout à fait seul ! « .

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3. HOWARD

1er  novembre  2003
«Howard doit absolument grossir avant qu’on puisse le déplacer vers un autre bassin en compagnie d’autres dauphins » a déclaré Brian Joseph, un vétérinaire californien spécialisé en dauphins captifs. Howard a en effet terriblement maigri depuis la disparition de sa compagne Mavis, morte en juillet 2002.  « Il souffre également d’ulcères et d’un stress intense «  a poursuivi Joseph.

Gary Hanson, le porte-parole du Mall, affirme pour sa part que les projets existent pour déplacer Howard vers un lieu plus approprié – le Dolphin Research Center en Floride a déjà accepté de l’accueillir – mais sa santé est aujourd’hui si faible qu’il risque d’en mourir.

Des organisations de défense animale ont protesté auprès du Mall pour qu’il libère Howard et ont manifesté devant l’établissement la semaine dernière en se déguisant en dauphins.

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Hanson a reconnu qu’il recevait près 500 e-mails par jour de la part de gens réclament la liberté d’Howard, le dernier survivant d’un groupe de quatre dauphins capturés en Floride en 1985. Gary est mort en 2001, Maria en 2000, Mavis en 2003. Tous les bébés nés en bassin ont décédés à la naissance.

Décembre 2004
Howard flotte toujours dans son bassin du WEM, plus solitaire que jamais.
Alan Cooper et les activistes du monde entier exigent aujourd’hui le retour en mer de ce dauphin solitaire, d’autant plus facile à réaliser que l’on sait le lieu précis où il fut capturé.  Randy Wells, le célèbre cétologue américain, serait même prêt à tenter l’expérience de la réhabilitation de ce pauvre Howard dans ses eaux d’origine. Mais les gestionnaires du Mall n’en ont cure et persistent à garder cet ultime survivant d’un massacre annoncé….

Selon eux, ce pauvre dauphin est bien trop malade et dévoré d’ulcères que pour pouvoir être transporté où que ce soit. malgré son état de santé déficient,  Howard se doit néanmoins d’exécuter chaque jour les sempiternelles shows qu’on lui a enseigné. « C’est bon pour sa forme physique » ont déclaré les gestionnaires du trou d’eau.

Mai 2004
Howard a enfin été déplacé vers les bassins de l’un des plus vieux delphinariums au monde, The Theater of the Sea (TOTS) en Floride, une structure fondée en 1946 par la famille P.F. McKenney.
Sept dauphins y sont prêts à accueillir notre cher vieil Howard, qui pourra donc retrouver un semblant de vie sociale, sans parler du vent, du soleil et de l’eau de mer naturelle,  après ces années atroces d’isolement presque total dans le trou d’eau obscur d’un grand magasin…
Vu son état de santé, aucun show n’a encore été prévu pour lui.

En revanche, un dresseur du TOTS s’est rendu au Canada pour le prendre en charge et le préparer à son grand voyage. Ce dresseur « personnel » restera un certain temps auprès de Howard pour faciliter son acclimatation dans ce lagon à ciel ouvert agrémenté de flamants roses.  Pour l’instant, Howard n’a pas encore été mis en présence de ses nouveaux compagnons.

Howard ne retrouvera plus jamais le plaisir de nager en eaux libres mais force est d’admettre que ce transfert est tout de même une bonne nouvelle pour lui comme pour nous, car il le sauve d’une mort certaine à court terme.

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8 mai 2005
Nous apprenons ce soir avec chagrin que notre ami le dauphin Howard vient de mourir en Floride.
Nous étions tous si fiers d’avoir pu le tirer de son trou d’eau chloré du WEM !
Et puis voilà, un an après, malgré des conditions d’accueil infiniment plus favorables (soleil, eau de mer, poissons, oiseaux dans le ciel, mangroves, et même deux nouveaux copains), Howard a décidé de lâcher la barre.

Sa femme, ses enfants, ses amis, ses parents, son pays, sa dignité, tout lui avait été pris.
Le coeur brisé, Howard n’avait plus de raisons de vivre…

Il a choisi l’ultime liberté. Il s’était fait de nouveaux amis… mais à quoi bon ?
Après 20 ans de captivité, Howard en avait trop vu de la méchanceté humaine.

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Aujourd’hui que tous les dauphins sont partis, un show d’otarie est désormais proposé aux visiteurs.
Exactement comme au Zoo d’Anvers, où 30 dauphins succombèrent dans le bassin même qu’occupent les lions de mer.

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Qui se souvient de Howard et Mavis ?
Qui se souvient de Gary et Mary ? Personne. Les dauphins captifs meurent dans l’oubli. On efface leur image des mémoires après leur décès sur les sites officiels des prisons aquatiques. On nettoie Google. Et nul ne sait non plus où l’on peut trouver leur tombe.
C’est le genre d’histoires que l’Industrie déteste entendre…

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Kavna à Vancouver. Juste un détail à oublier !

L’histoire en anglais
http://wemanimals.blogspot.be/2010/04/history-of-wem-animals.html
http://www.freewebs.com/defunctmarinemammalparks/westedmontonmallcan.htm

L’histoire et les combats sur Dauphins Libres
http://www.dauphinlibre.be/edmon.htm

La fin de Mavis
http://www.prijatelji-zivotinja.hr/index.en.php?id=326

Le Wem aujourd’hui
http://www.wem.ca/#/play/theme-parks-attractions/marine-life

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L’enfant de Keiko…

keikolibreKeiko libre !

 

2013

L’enfant de Keiko

Lorsque je l’ai rencontré ce mercredi au Seafood Expo, Mark Berman m’a raconté plein de choses.
Petit homme attachant, très sec, mais plein de verve, de conviction et de gentillesse, c’est aussi un très vieil ami de Ric O’Barry, qu’il soutient par le biais de sa fondation Earth Island Institute (USA) et dont il s’inquiète de la santé, ne cessant de dire à Ric : «Hé ! Repose-toi un peu ! Tu en fais trop pour ton âge !».

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Mark est aussi l’un des promoteurs du label Dolphin Safe,  supposé garantir que des dauphins n’ont pas été pêchés en même temps que les thons. Il en meurt plusieurs milliers par an de cette manière. Et bien plus de thons encore…

Enfin, Mark Berman a participé à la libération de Keiko, aux côtés de Jean-Michel Cousteau et de Jeff Foster.  Et manifestement, cela reste un sujet brûlant pour lui, à l’heure où l’on réclame la libération de tant d’orques !

keiko2Keiko fut maintenu en prison l’essentiel de sa vie

Je lui pose la question :
– » Mais tout de même… Keiko, son décès en une nuit, ce ne serait pas un assassinat ?
L’échec de cette opération était tant attendue par l’Industrie ! Et les pêcheurs le menaçait de mort, parce qu’il mangeait « leurs » saumons ».

« Non, vraiment. Il semble plutôt que le changement de climat lui ait été fatal. Keiko a vécu des années dans de minuscules bassins surchauffés. Le fait de nager de nouveau dans l’eau glacé des fjords a sans doute déclenché la pneumonie fulgurante dont il est décédé ».

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Keiko mort

En fait, à ce moment-là, notre orque allait très bien.
On venait de l’éloigner des enfants de la première baie où il avait choisi de rester, après qu’il eut traversé l’Atlantique de l’Islande à la Norvège, entouré d’autres cétacés et se nourrissant lui-même.

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Keiko traverse l’Atlantique


La solitude l’a poussé à reprendre contact avec des orques libres.   

Une situation difficile pour lui, qui n’avait aucune mère matriarche localement connue, aucune sœur, aucun frère, aucun ami, aucun langage. Pour les orques du coin, c’était un vagabond presque muet aux manières bizarres qui débarquait chez eux ! Une femelle se serait sans doute intégrée plus facilement à la société locale, car on a toujours besoin de reproductrices pour qu’un clan prospére.
Pourtant, Keiko commençait à bien s’en sortir. Il devenait sociable, se faisait des connaissances et même…

 « – Et même ? »

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 – Eh bien, cela n’a jamais été dit officiellement, mais d’après notre équipe, il semble que Keiko se soit fait une petite copine. Et qu’il l’ait engrossée ! »
En me disant cela, Mark affiche un sourire radieux :

– « Vous imaginez ? A l’instant où je vous parle, l’enfant de Keiko est en train de nager dans l’océan ! L’histoire continue. N’est-ce pas merveilleux ?  »    

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Keiko est mort libre !

 L’histoire de Keiko

 

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Une fillette norvégienne sur la tombe de Keiko


Flipper s’est suicidé

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Ric en 1970

Extrait d’une interview de Ric O’Barry sur Frontline

RIC O’BARRY
« Flipper est mort en captivité et c’est une chose qui me tourne en tête. Coïncidence, c’était justement le « Jour de la Terre », en 1970.
Le premier « Jour de la Terre », en fait ».


POUVEZ-VOUS NOUS EN PARLER ?
« 
Ouais. J’ai reçu un appel téléphonique du Seaquarium de Miami me disant que Cathy n’allait pas bien. A ce moment-là, j’étais déjà parti.
Le spectacle était terminé. Nous avions vécu ensemble pendant 7 ans. La « Maison de Flipper » est encore là, au Seaquarium. C’était vraiment devenu ma maison.

Moi, je vivais avec les dauphins 24 heures par jour, 7 jours par semaine et nous étions très liés, très proches. Bon, un jour, tout était fini.
Tu sais, les roues de la bagnole sont tombées. (…)

Cathy avait été isolée dans un bassin en acier. C’est là qu’elle s’est suicidée. Beaucoup d’entre eux font ça. Beaucoup de dauphins meurent en captivité de la même façon, mais vous ne le saurez jamais. Il y a un vétérinaire qui rédige le rapport et l’envoie aux Services nationaux des pêches maritimes. C’est ce qu’on appelle le Marine Mammal Inventory Report.

Le Service national des pêches maritimes ne fait absolument rien de ces informations. Il est juste là, pour rien. Ils ne savent même pas ce que cela signifie. Cela pourrait pourtant signifier que la captivité ne fonctionne pas. Mais ils ne savent pas. C’est juste un gros gâchis bureaucratique. Le système ne fonctionne pas, pour faire bref. Il ne fonctionne pas ».

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Cathy et Ric en tournage


ET DONC, VOUS…. ?

« C’est difficile à raconter. Ouais, vieux, c’est vraiment difficile d’en parler. Je n’aime pas penser à ça ».


LISEZ CE QUE VOUS AVEZ ECRIT ? 

« Je ne pense pas que je puisse le lire. C’est vraiment très difficile.
Je me souviens d’être allé là-bas ce jour-là et c’était une journée très chaude.  Il n’y avait pas d’ombre du tout et je ne l’ai d’abord pas vue.
Bon…
Donc, je me suis approché du bassin qui était à peu près… haut comme ça, et elle était de l’autre côté. Elle avait des ampoules énormes sur le dos à causes des coups de soleil. Elle était noire de coups de soleil, vu qu’elle passait la plupart du temps à la surface de l’eau.

Son aileron était plié comme celui de Keiko. C’est à cause de la gravité qu’ils se plient. C’est la nature qui dit qu’il y a quelque chose qui cloche. Quand vous allez sous l’eau, il n’y a pas de gravité.

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Dauphin mourant au Seaquarium vers 1970

Alors, elle a nagé vers moi, elle m’a regardé droit dans les yeux, elle a pris une grande inspiration et puis elle a retenu son souffle.
Juste retenu. Bon et puis alors, je l’ai attrapée comme ça et elle a coulé au fond du bassin.
Je l’ai laissé aller et elle a coulé. J’ai sauté dans l’eau et je le l’ai remontée à la surface.
Elle s’était suicidée.

Le bassin..
Le bassin, c’est une chose mauvaise. Ce sont des bassins pour tuer. Voilà pourquoi je suis abolitioniste.
“Thanks but no tanks”, c’est ça le message.  Merci mais pas bassin ! Donc, vous pouvez dépenser 10 millions de dollars pour en construire un autre, moi,  je ne marche pas…. »

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Lire l’interview complète sur Frontline

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L’enfer des orques à Loro Parque !

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D’après un article de David Kirby

Les défenseurs des animaux cherchent désespérément à convaincre le gouvernement américain d’intervenir dans le cas de 7 orques de SeaWorld «louées» au Loro Parque, un parc à thème dans les îles espagnoles des Canaries.
Illustré de preuves photographiques présentant au moins deux orques de rang inférieur couverts de morsures, un nouveau rapport accablant rédigé par un scientifique de premier plan en matière de cétacés affirme que le gouvernement fédéral doit rapatrier d’urgence ces mammifères marins aux Etats-Unis. (…)

Lire la suite sur Dauphins Libres


Témoignage d’un ancien dresseur.

Voici un témoignage poignant concernant les conditions sanitaires des marinelands et les lésions que leur causent l’eau sales.

Le témoignage est en anglais mais les images parlent d’elles-même.

Combien de témoignages de ce genre faudra-t-il pour que les gens comprennent que les delphinariums et les marinlands sont un véritable lieu de torture pour ces animaux…